Le député de la Haute-Loire s’est incliné dimanche soir face à Bruno Retailleau. Malgré l’échec, le nouveau député aux ambitions présidentielles assumées, compte peser au sein du mouvement.
Laurent Wauquiez s’est lourdement incliné devant Bruno Retailleau dimanche soir en ne recueillant que 25,69 %, au terme d’une campagne intense pour la présidence des Républicains durant laquelle il avait espéré renverser la vapeur et sortir d’une position tenace de challenger. Contrairement à ce qu’il annonçait lui-même quelques heures avant le scrutin électronique, le député de Haute-Loire n’a donc pas déjoué « tous les pronostics » et l’issue de cette compétition n’est pas réellement une surprise, même si l’engagement des deux candidats avait fini par rendre les prévisions difficiles.
Dimanche soir, en direct depuis son fief politique du Puy-en-Velay, le perdant a rapidement remercié les adhérents LR, salué une campagne menée avec « dignité », « respect » et « engagement », puis envoyé un premier signal en faveur de l’unité, juste après avoir précisé qu’il avait félicité Bruno Retailleau pour sa « victoire ». « Par le passé, a-t-il rappelé, le poison de la division a tant de fois affaibli la droite. Durant toute cette campagne, j’ai toujours défendu l’exigence du rassemblement. La nécessité d’additionner plutôt que de diviser. Divisés, nous sommes certains de perdre. Unis, nous pouvons gagner. Ma conviction reste la même : si nous voulons à nouveau convaincre les Français, nous devons d’abord rassembler toute la droite et porter un projet de rupture ».
En insistant sur cette idée de rupture, qu’il avait défendue durant toute sa campagne, Laurent Wauquiez a montré qu’il restait ferme dans sa volonté de ne pas laisser LR se diluer « dans le macronisme ». « Les Français attendent de nous que nous portions un projet de changement permettant de tourner la page du « en même temps » pour enfin reconstruire notre pays. Un vrai projet d’alternance ». Malgré l’ampleur de sa défaite, le président du groupe DR à l’Assemblée, est resté projeté sur l’objectif de la présidentielle 2027 en réclamant, pour son parti, un projet de rupture « aussi décisive que celle de 1958 ». « J’y prendrai toute ma part avec les députés de la Droite Républicaine », a-t-il ajouté, rappelant quelques grands thèmes du prochain combat à mener pour « juguler enfin l’explosion de l’immigration », « restaurer la sécurité », « assumer la baisse de la dépense publique »… Le candidat défait a conclu son intervention en appelant la droite à « libérer » la France de ses « chaînes » et à tracer un « chemin d’espérance… ensemble, unis et déterminés ».
Score miroir
En réalité, malgré une offensive politique et médiatique largement saluée à droite, la possibilité d’une défaite de Laurent Wauquiez était pressentie, y compris dans l’entourage du parlementaire. Le score de dimanche soir apparaît comme le miroir de ce qui était visible sur le terrain quand les écuries comparaient la fréquentation de leurs réunions publiques. L’ancien ministre aura tenté jusqu’au bout d’afficher l’image d’un compétiteur accroché, mais la qualité de sa campagne n’aura pas suffi à contrer l’ascendance de son concurrent porté par un soutien plus large de figures LR et une exposition plus forte dans les médias, liée à la place centrale de son portefeuille au sein du gouvernement Bayrou.
De son côté, Laurent Wauquiez avait misé sur un tour de France des fédérations et sur un discours construit pour toucher le cœur militant du parti, n’hésitant pas à bousculer la compétition tout en évitant de tomber dans une trop grande agressivité. C’est ce qu’il a fait en dégainant sa proposition de placer les étrangers dangereux sous obligation de quitter le territoire français dans un centre de rétention administrative installé à Saint-Pierre-et-Miquelon. L’idée a aussitôt provoqué des critiques et des railleries, y compris au sein de sa famille politique, mais le parlementaire n’a rien lâché. Et quand il a développé son argumentaire auprès de ses soutiens, on a compris qu’il ne s’agissait pas d’une simple idée lancée en l’air pour cliver. La visioconférence s’est finalement conclue pas des encouragements. Avec le recul, les équipes du candidat ont défendu cette séquence comme la plus réussie de la campagne.
Machine politique
Face à l’échec de dimanche soir, Laurent Wauquiez ne peut pas oublier qu’avant le retour de la droite au gouvernement avec la nomination de Michel Barnier à Matignon en septembre 2024, nombre de figures LR en quête d’incarnation n’avaient eu de cesse de le pousser à monter sur le ring pour porter les couleurs du parti. Éric Ciotti, alors président de LR, avait théorisé la notion de candidature naturelle en parlant de lui. Même Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, l’avait poussé à s’engager dans le débat politique. Mais, depuis sa présidence régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’intéressé avait son propre calendrier. Il ne savait pas encore que la dissolution voulue par Emmanuel Macron allait subitement accélérer les choses. Il ne pouvait pas imaginer le départ fracassant d’Éric Ciotti vers son projet d’union des droites. Et il était loin d’imaginer que Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, allait être en mesure de capter la lumière et d’avoir envie de partir à la conquête de la présidence LR, avec les encouragements de nombreuses figures du parti.
Est-il parti trop tard ? A-t-il trop attendu ? Une chose est sûre, l’enchaînement des faits aura hissé rapidement Bruno Retailleau en symbole du retour de la droite, et il était difficile pour Laurent Wauquiez de rivaliser depuis les bancs de l’Assemblée. Les sympathisants LR ont d’abord salué l’action de Michel Barnier à la tête du gouvernement, même si celle-ci fut censurée au bout de trois mois. Et lorsque son ministre de l’Intérieur a été reconduit au sein du gouvernement Bayrou, il a récolté les fruits du volontarisme affiché par la droite en matière de sécurité.
Selon ses proches, le tempérament de Laurent Wauquiez n’est pas de nature à cultiver les regrets, mais il n’est pas interdit d’imaginer la déception de celui qui avait envisagé son retour dans l’arène politique autrement. Agacé par le départ de Bruno Retailleau en campagne pour la présidence LR, il l’a accusé de ne pas avoir tenu parole, ce que le rival a démenti.
Pour leur part, les soutiens de Wauquiez veulent voir le bon côté dans cette bataille perdue, puisqu’elle aurait permis de rappeler l’efficacité de la machine Wauquiez dans la perspective de 2027. Nicolas Daragon, maire de Valence, ancien ministre délégué à l’Intérieur et membre de son état-major de campagne, se dit bluffé par la vitalité de l’élu : « 130 réunions publiques en quelques semaines, c’est sidérant ! » Il applaudit la « fulgurance », l’« intelligence hors norme » et le sens de la « parole donnée » parmi les premières qualités du parlementaire, dont certaines, parfois, sont aussi perçues comme des fragilités. Quand on a l’habitude de tout analyser à la vitesse de l’éclair, on prend le risque d’apparaître comme hermétique. « Laurent est un peu comme un gosse qui a d’immenses facilités mais qui fonce toujours droit vers l’objectif sans forcément évaluer les étapes », estime un ami.
Solitaire
Au sein du parti, les sentiments sur la personnalité de Laurent Wauquiez sont partagés. Certains ont loué sa prise en main du groupe à l’Assemblée en saluant un esprit positif. D’autres ont regretté une « distance ». « Laurent est un solitaire. C’est sans doute la faiblesse de son fonctionnement. Il est aussi très lucide face aux critiques, aux fausses amitiés… Chat échaudé craint l’eau froide », juge un observateur du Palais Bourbon. On prétend que cette solitude singulière serait le fait des « grands destins ». « Il est aussi beaucoup sur l’affect, mais pas fabriqué pour le montrer, et c’est peut-être pour cette raison qu’il a tendance parfois à se recroqueviller sur lui-même », décrypte un cadre. « Plus les gens ont du talent, plus on est exigeant avec eux », déplore un élu qui a appris à le connaître et qui peine à comprendre les attaques.
Cible d’un procès en « insincérité », que ses soutiens trouvent « injuste et faux », l’élu est blessé par la critique, mais il a finalement accepté d’en tenir compte et de chercher des solutions pour se corriger. « Il est de nature plutôt pudique, mais il comprend que se montrer fait partie de la panoplie, et il veut se dévoiler tel qu’il est », explique-t-on. C’est pour cela qu’il a accepté de se dévoiler dans les colonnes de Paris Match, avec ses proches, très impliqués dans son aventure politique. On l’a vu avec son épouse, Charlotte, son fils, Baptiste, et sa mère, Éliane. Même son chien Titus a eu droit aux images du magazine. « Ce que l’on a observé à la fin de la campagne LR, c’est que beaucoup de gens ont salué son engagement. Ils ont trouvé qu’il avait changé, il est apparu plus convaincant… Comme s’il s’était libéré de quelque chose. Tout cela est encourageant pour la suite. »
Ses soutiens sont ravis d’avoir vu leur candidat « fendre l’armure » pendant ces semaines éprouvantes. Il est vrai que le député s’est investi à fond dans la bataille LR. Il s’est distingué par un rythme effréné de réunions publiques, au nombre de trois à cinq par semaine. Il a multiplié aussi les interventions radiophoniques et télévisées. « Son énergie n’est pas neuve. C’est une énergie vitale rare qui suscite des parallèles avec Jacques Chirac », rappelle-t-on du côté du Puy-en-Velay, son bastion politique, qu’il se félicite d’avoir redressé au cœur d’un territoire rural. Laurent Wauquiez y occupa le siège de maire entre 2008 et 2016, mais, avant de le décrocher, il s’était imposé un porte-à-porte exigeant. « Des semaines de folie non-stop, comme aux législatives ! », s’enthousiasme une connaissance.
Sur ses terres de Haute-Loire, fief de Jacques Barrot (disparu en 2014), dont il fut le suppléant, Laurent Wauquiez avait débuté son immersion politique en prenant soin de faire le tour des élus locaux. C’était un peu l’épreuve du feu avant l’adoubement pour ce jeune et brillant énarque venu de Paris, passé par l’École normale et l’agrégation d’histoire. Élu député en 2004, il enchaînera très vite avec un secrétariat d’État et un porte-parolat du gouvernement de François Fillon en 2007. Fonctions suivies par des responsabilités ministérielles à l’Emploi, aux Affaires européennes, puis à l’Enseignement supérieur.
L’exercice de son mandat durant huit ans à la tête d’Auvergne-Rhône-Alpes (2016-2024) est évoqué comme une preuve de constance. « Laurent fait ce qu’il dit, son travail est reconnu et c’est pour ça qu’il fut réélu en 2021 », assure un élu. Ce n’est pas un hasard s’il a choisi de s’exprimer au Puy-en-Velay, dimanche soir. « Pour lui, le parti LR, ce n’est pas le siège, ni Paris mais 121 000 adhérents répartis partout en France. Le territoire est un élément essentiel à ses yeux », insiste un proche.
Le 16 avril, au cœur de la course LR, le sportif a avalé un Marathon de Paris en trois heures et cinquante-six minutes, sans renoncer aux réunions publiques qui l’attendaient dans la foulée. « En février tout le monde lui disait : tu es fou d’y aller face à Bruno. Mais c’est mal connaître Laurent », assure-t-on dans l’entourage du parlementaire où certains n’oublient pas que le combattant politique s’était lancé dans les législatives avec la même détermination, avant d’entrer de plain-pied dans la bataille de la présidence LR. Ces rappels décrivent un animal politique orienté méthodiquement vers un seul but : la présidentielle 2027. « Son but n’est pas d’être le candidat naturel de la droite mais d’arrêter la décadence du pays. Et il sait que pour atteindre l’objectif, les manettes du changement sont à l’Élysée », assure un ami. Laurent Wauquiez n’aura pas les « manettes » du parti et son score dimanche soir est un désaveu mais cela ne déroutera pas son cap. Et si le chemin des Républicains reste incertain, la droite le sait : l’avenir pourrait s’écrire aussi avec Laurent Wauquiez.
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