Après la mort de Quentin, jeune militant identitaire tué à Lyon, la députée insoumise de l’Essonne, Claire Lejeune est l’invitée de L’Atelier politique. Défense de la non-violence, critique du néolibéralisme dominant et mise en garde contre l’instrumentalisation de l’événement, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.
La mort de Quentin : condamnation sans équivoque
C’est l’affaire qui secoue La France Insoumise depuis plusieurs jours. Quentin, 23 ans, militant identitaire, est mort à Lyon en marge d’une conférence de la députée LFI Rima Hassan. Deux collaborateurs parlementaires du mouvement sont impliqués.
Claire Lejeune tient avant tout à présenter ses condoléances à la famille, puis pose les termes du débat :
« La France Insoumise est un mouvement qui a toujours mis la non-violence au cœur de sa philosophie politique. On est un parti politique qui vise à changer la société par le biais des élections. »
Sur la Jeune Garde, la députée distingue les missions d’autodéfense populaire face aux groupes d’extrême droite lyonnais de ce qui s’est passé cette nuit-là.
« Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec l’autodéfense populaire. On le condamne sans aucune forme d’hésitation ou de doute. »
Raphaël Arnaud investi en 2024
Comment LFI peut-il se réclamer de la non-violence tout en investissant aux législatives de 2024 Raphaël Arnaud, condamné pour violences en réunion en février 2022 ?
Claire Lejeune assume :
« Il a été investi pour son rôle en tant que militant antifasciste, pour son rôle au sein de la Jeune Garde. Les raisons politiques de son investiture sont celles de son fonds politique et des idées politiques qu’il porte. »
Radicalité des idées, radicalité des actes : un lien inévitable ?
La radicalité, LFI l’assume. Jean-Luc Mélenchon la revendique. Mais la radicalité des idées engendre-t-elle inévitablement une radicalité dans les comportements ? Claire Lejeune convoque l’histoire pour répondre :
« Le fait d’abattre une monarchie, d’instaurer une République et l’égalité entre citoyens étaient des idées extrêmement radicales au moment où elles se sont imposées. C’est une pente très dangereuse de porter des anathèmes sur des idées qui paraîtraient radicales. »
Liberté d’expression : entre Voltaire et les algorithmes
Reprendrait-elle à son compte la formule souvent attribuée à Voltaire — « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je serais prêt à mourir pour que vous puissiez le dire » ?
La députée pose une limite ferme :
« Il y a des propos qui ne sont pas acceptables dans le débat public — lorsque ça atteint à l’intégrité physique des personnes, lorsqu’on a des propos racistes. Ça doit rester ainsi. »
Sur la proposition de loi Yadan visant à assimiler antisionisme et antisémitisme, sa position est nette. Pour elle, le sionisme est une posture politique, l’identité juive une identité religieuse. Confondre les deux serait dangereux. Elle s’inquiète d’un glissement : utiliser un cadre légal déjà existant pour réprimer les militants pro-palestiniens.
Quant aux réseaux sociaux, elle juge que des plateformes comme X, sous l’égide d’Elon Musk, ne sont pas des espaces neutres. Mais elle met en garde contre les remèdes qui pourraient être pires que le mal :
« Il faut veiller à ce que les outils qu’on apporte ne soient pas aussi des moyens détournés pour réprimer des voix militantes. »
Conséquences politiques
En clôture, Claire Lejeune livre une information personnelle et politique à la fois : sa permanence parlementaire a été dégradée. Non à cause des faits de Lyon eux-mêmes, selon elle, mais de leur exploitation.
« Ce qui est inquiétant, c’est le boulevard que l’extrême droite est en train d’ouvrir à partir de cet événement, avec l’aide de la droite, des macronistes et, malheureusement, d’une partie de la gauche. Oui, c’est évidemment extrêmement inquiétant pour le pays. »
Source du contenu: www.rfi.fr
