L'Atelier politique – Bruno Fuchs : «Le Parlement doit contribuer à renforcer l'influence de la France»

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Le président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale défend une doctrine française de diplomatie parlementaire. Il alerte également sur la montée des violences politiques. Invité de L’Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.

 

Une doctrine pour mobiliser les parlementaires

Bruno Fuchs, député MoDem du Haut-Rhin et président de la Commission des Affaires étrangères, vient de faire approuver un rapport sur la diplomatie parlementaire.

Pour lui, le contexte géopolitique rend la démarche urgente. « Le chaos est tel, l’incompréhension de ce que le monde est en train de devenir est telle qu’il faut mobiliser beaucoup plus de forces pour qu’un pays se fasse entendre ».

Les parlementaires, forts de leur légitimité électorale, peuvent selon lui « soit renforcer l’action du gouvernement, soit compléter cette action quand les exécutifs sont en conflit ».

Sur le mot « doctrine », il tient à préciser : le rapport ne donne pas de doctrine — il dit qu’il faut en établir une. « Le Parlement doit être une force complémentaire qui permet de mieux déployer et renforcer l’influence de la France ».

 

Complémentarité avec le Quai d’Orsay

Bruno Fuchs écarte toute idée de concurrence avec la diplomatie gouvernementale. « C’est clairement établi par la Constitution », dit-il. Chaque parlementaire reste libre de ses initiatives à titre individuel.

Il recommande toutefois des réunions de préparation conjointes avec le ministère des Affaires étrangères avant les déplacements sensibles. L’objectif : mieux coordonner les efforts, pas les contrôler.

Il cite l’exemple du Togo, où le président lui a confié ne pas avoir vu un ministre français depuis dix ans. « Il y a d’autres pays concurrents de nous. La concurrence est devenue totale et parfois même très violente ».

 

Le Sénégal, le Maroc, l’Algérie

Première application concrète : une commission mixte franco-sénégalaise, réunissant des parlementaires des deux pays autour de deux sujets — le renouvellement du partenariat franco-africain et les questions de mobilité, visas, titres de séjour, regroupement familial.

Avec la RDC, l’objectif est de préparer un traité de coopération économique à soumettre aux deux exécutifs. Avec le Maroc, une contribution parlementaire au futur traité d’amitié est en cours.

Sur l’Algérie, Bruno Fuchs dit n’avoir jamais cessé de dialoguer avec ses homologues algériens pendant les périodes de crise. « Quand vous avez un discours qui montre que l’intérêt de la France et de l’Algérie est de développer des coopérations, la France a perdu 25% de ses exportations en 2025. Ce n’est pas par hasard. »

 

Une conférence européenne des présidents de commission

Bruno Fuchs a créé une conférence des présidents des commissions des Affaires étrangères de l’Union européenne. Une première réunion s’est tenue. La prochaine, prévue à Bruxelles en avril 2026, devra définir deux ou trois priorités communes.

Les thèmes envisagés : la gouvernance multilatérale mondiale, le renforcement de la puissance européenne et la guerre en Ukraine. Sur l’Europe fédérale, il est direct : « C’est l’idée qui défendrait le mieux nos intérêts. Mais ce n’est pas l’idée qui prévaut. »

 

La suppression du corps diplomatique

Interrogé sur la décision d’Emmanuel Macron de supprimer le corps diplomatique en 2022, Bruno Fuchs nuance. Il cite des contre-exemples dans les deux sens, et conclut : « Je pense que c’est bien de donner un peu de métissage dans un système. »

Il écarte en revanche le risque de nominations « à l’américaine » en France : « Les conditions de financement des campagnes et de la vie politique sont très codifiées ». Pas de service rendu à des financeurs de campagne, comme aux États-Unis.

 

 

Violence politique : « On s’éloigne des principes républicains »

Le lynchage à mort de Quentin Deranque à Lyon et la mise en cause de collaborateurs du député LFI Raphaël Arnaud amènent Bruno Fuchs à s’exprimer clairement sur la radicalisation.

Il pointe LFI directement : « On voit que LFI ne condamne pas la Jeune Garde. Au contraire, c’est une mansuétude vis-à-vis de cette organisation qui a été dissoute mais qui continue d’exister. »

Il cite les propos de Mathilde Panot affirmant que « par tous les moyens, LFI empêchera l’arrivée au pouvoir du RN légalement par les urnes. Donc on est dans un monde de violence, un monde qui n’est plus démocratique, qui ne reconnaît plus les règles de la République. »

Il ajoute que la responsabilité incombe désormais au bloc républicain central : « Si vous avez deux ou trois candidats du centre à la présidentielle, ça veut dire qu’ils n’auront pas pris leurs responsabilités et donneront la possibilité aux extrêmes de l’emporter. »

 

Le Parlement citoyen de Mulhouse

À Mulhouse, Bruno Fuchs a mis en place un Parlement citoyen : 150 habitants tirés au sort parmi 500 sollicités, qui votent sur les mêmes textes de loi que lui, quelques semaines avant leur passage à l’Assemblée.

Pour lui l’engagement citoyen est une réponse directe à la montée des violences : « On voit bien que la guerre civile peut arriver très vite si on a des groupes des deux côtés qui se font la guerre. »

Source du contenu: www.rfi.fr

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