Insultes, menaces, violences : le maire d’Arcachon renvoyé en correctionnelle

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Le maire LR d’Arcachon, Yves Foulon, comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Bordeaux le 1ᵉʳ juillet prochain pour répondre de faits de menaces, violences et injures à l’encontre d’un élu de l’opposition. Une affaire filmée et rendue publique. À l’origine de l’altercation, une histoire de permis de construire controversé, pour laquelle l’association anticorruption AC!! a déposé plainte. Voir les vidéos au bas de l’article.

Vive altercation entre le maire d’Arcachon, Yves Foulon et son opposant écologiste Vital Baude, le 15 mars 2026 (capture YouTube)

La scène avait choqué bien au-delà du Bassin d’Arcachon. Le 15 mars 2026, jour du second tour des élections municipales, Yves Foulon, maire LR de la station balnéaire depuis plus de vingt ans, s’en prenait violemment à Vital Baude, candidat de la liste écologiste, sous l’œil d’une caméra. Quelques jours plus tard, la vidéo tournée par le réalisateur Stéphane Scotto était diffusée sur le média Vakita, et l’affaire prenait une dimension nationale.

Trois chefs de prévention

Les images sont sans équivoque. On y voit l’édile lâcher des insultes grossières et proférer ce qui ressemble fort à une menace de harcèlement. Le parquet de Bordeaux, saisi d’une plainte de Vital Baude, a ouvert une enquête. Le 29 avril, Yves Foulon était auditionné au commissariat de Bordeaux. À l’issue de cette audition, une convocation lui était notifiée pour comparaître le 1ᵉʳ juillet 2026 à 13 h 30 devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.
Le procureur Renaud Gaudeul a confirmé les trois chefs retenus : menace de crime ou délit à l’encontre d’un élu public, violence par une personne dépositaire de l’autorité publique (suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours), et injures non publiques.

Atteinte à la vie privée?

Du côté de la défense, la ligne est tracée : l’altercation aurait été « cherchée et provoquée », et le fait d’avoir enregistré les propos à l’insu du maire poserait, selon son avocat, un problème éthique et juridique. Yves Foulon a d’ailleurs déposé plainte pour atteinte à la vie privée et diffusion non consentie des images.

L’enjeu dépasse le seul terrain pénal. Une condamnation assortie d’une peine de privation des droits civiques pourrait contraindre le maire à quitter ses fonctions, lui qui vient d’être réélu pour un cinquième mandat consécutif, malgré la polémique.
A l’origine de toute l’affaire, un permis de construire controversé.

Villa Salesse à Arcachon : l’association anti-corruption AC !! saisit le parquet de Bordeaux

Le maire d’Arcachon et son demi-frère au cœur d’une affaire de permis de construire controversés sur un bâtiment classé au PLU.

L’association Anti-Corruption AC !! a déposé plainte le 17 mars 2026 auprès du tribunal judiciaire de Bordeaux. Dans le collimateur : les conditions dans lesquelles ont été obtenus et exécutés des permis de construire concernant la villa Salesse, l’une des constructions les plus anciennes d’Arcachon, acquise en 2021 par le maire de la commune lui-même.

Une villa chargée d’histoire sur le billot

Édifiée en 1851, la villa Salesse, au 131 boulevard de la Plage, n’est pas une bâtisse ordinaire. Salvador Dalí y séjourna. Surtout, elle figure expressément dans la charte architecturale annexée au plan local d’urbanisme (PLU) d’Arcachon comme « élément remarquable du bâti », une distinction qui impose, en principe, la préservation de ses caractéristiques : galerie à colonnettes de bois, lambrequins décoratifs, belvédère en toiture. Des éléments qui font l’identité du bâtiment depuis près de deux siècles.
En 2021, Yves Foulon, maire d’Arcachon, et son demi-frère Roger Padois acquièrent cette propriété. Quelques semaines plus tard, un projet de travaux est engagé, présenté officiellement comme une simple extension en rez-de-chaussée et surélévation partielle.

Des démolitions minimisées, une autorisation obtenue

C’est là que l’affaire se corse. Des recours introduits par l’Association de sauvegarde du site d’Arcachon ont mis en lumière une réalité bien différente : les travaux envisagés impliquaient en réalité la disparition d’une part substantielle des éléments architecturaux ayant justifié le classement de la villa : toiture, façades, belvédère, galerie à colonnades. Autrement dit, bien plus qu’une extension : une transformation radicale, proche d’une reconstruction partielle.
Ces démolitions n’ont été pleinement détaillées qu’à l’occasion d’un permis de construire modificatif, déposé le 10 mars 2022, soit après le début des recours contentieux. Le tribunal administratif, dans un jugement du 31 janvier 2024, a finalement rejeté l’ensemble des recours, estimant que l’administration avait été suffisamment informée. Mais pour AC !!, cette décision ne clôt pas le débat.

Trois infractions pénales invoquées

L’association anticorruption souligne que le juge administratif et le juge pénal opèrent sur des terrains distincts et que la légalité administrative d’un acte ne fait pas obstacle à une qualification pénale des faits qui l’entourent. Elle pointe trois infractions potentielles.

  1. Le faux et usage de faux, d’abord. La plainte soutient que le dossier initial de demande de permis aurait minimisé la réalité du projet, en présentant une démolition massive comme une simple surélévation, une altération susceptible d’avoir trompé l’administration sur la véritable nature de l’opération.
  2. La prise illégale d’intérêts, ensuite. Bien qu’une adjointe au maire ait signé les arrêtés, le maire s’étant formellement « déporté » en raison de son intérêt personnel, AC !! s’interroge sur une éventuelle influence informelle d’Yves Foulon dans l’élaboration, la présentation et la régularisation du projet. La délivrance de deux arrêtés distincts pour un seul et même projet, qualifiée elle-même de « surprenante » par le tribunal administratif, est également relevée.
  3. L’exécution de travaux contraires au PLU, enfin. L’association fait valoir qu’aucune autorisation, fût-elle légalement délivrée, ne saurait permettre la suppression des éléments qui justifient précisément le classement d’un bâtiment comme remarquable, sous peine de vider de toute portée les protections que le PLU est censé garantir.

La balle dans le camp du parquet

AC !!, représentée par son président Marcel Claude, demande au parquet de Bordeaux de diligenter des investigations afin de déterminer si les pièces du dossier ont été établies de manière sincère, et si le maire d’Arcachon a, malgré le déport formel prévu par la loi, conservé une influence sur une opération dont il était le bénéficiaire direct.
À ce stade, aucune mise en examen n’a été prononcée. La villa Salesse, quant à elle, a déjà changé de visage. Ce qui en subsiste est désormais au cœur d’une procédure judiciaire qui s’annonce longue.

Yves Foulon : « Un coup monté »

Dans un communiqué publié sur son compte Facebook, le maire d’Arcachon présente ses excuses et explique le contexte de son comportement ‘’inapproprié’’.

« J’ai pris connaissance avec attention d’une vidéo me concernant, diffusée sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un coup monté, car personne ne peut croire qu’un candidat puisse se promener dans la rue et dans les bureaux de vote équipé d’un micro dissimulé et d’une caméra cachée.
J’ai été pris à partie par Monsieur Baude, dans un échange tendu qui ne figure pas dans cette vidéo. Ce candidat et élu municipal, m’agresse régulièrement au travers des conseils municipaux auxquels il participe depuis de nombreuses années. Pendant cette élection municipale, il a dans son document de campagne porté atteinte à ma vie privée en diffusant la photo et le nom de ma maison, permettant ainsi sa localisation.
Il a également mis en cause mon intégrité et celle des élus qui m’entourent. Cela a durement affecté ma famille. Tout cela est inacceptable et a entraîné de ma part un comportement inapproprié et la tenue de propos que je regrette profondément.
Malgré l’expérience que j’ai acquise de la vie politique qui est devenue dure et violente, je n’ai pas su ou pu surmonter les provocations et les épreuves.
La pression et le stress l’ont emporté sur la raison et l’intelligence. Je tiens à présenter mes excuses publiques et totales à tous ceux que j’ai pu heurter et blesser. Il y a des moments où la sagesse vacille parce que l’on est touché sur le plan humain.
Yves Foulon »

Affaire à suivre…

Source du contenu: infodujour.fr

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