Chronique des médias – L'information de service public sur la ligne de front

Date:

Nous parlons des médias en tant qu’acteurs de la défense européenne. C’est cette « information nouvelle ligne de front » qui était au centre d’une matinée de débats organisée par France Télévisions, le 14 avril.

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, a cité une série de Channel 4, Undeclared War, dans laquelle une attaque cyber contre des télécommunications et des médias prépare une attaque terrestre. C’est cette notion de « guerre hybride » qui mobilise les états-majors ou Viginum, la cellule de lutte contre les ingérences numériques, c’est-à-dire les cyberattaques mais aussi les manipulations par des « bots » sur les réseaux sociaux, comme celle qui a failli porter au pouvoir un candidat pro-russe en Roumanie, fin 2024. Un sondage de Bona fidé montre que 79% des Européens craignent que ces ingérences aient des conséquences sur la sincérité des scrutins, qu’elles soient un risque pour la démocratie. 

Et ces manipulations passent aussi par les médias

On l’a vu en France, avec les fausses étoiles de David bleues taguées sur des murs dans Paris au début du conflit à Gaza. Une opération commanditée par la Russie afin d’attiser les tensions dans la société française. Mais, comme dit l’historien David Colon, il suffit parfois d’une invitation au journal de 20 heures pour désinformer. Une allusion à l’interview de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, par Léa Salamé, sur France 2 le 26 mars, qui a été très critiquée. La présentatrice rappelle qu’elle a évoqué les civils tués par l’armée russe en Ukraine ou la guerre hybride que mène la Russie. Mais elle concède que cette interview aurait dû être mieux accompagnée par des reportages ou un décryptage. Elle a en tout cas servi au Kremlin pour diffuser des extraits en déformant la traduction des questions de la journaliste.

À lire aussiSabotages, cyberattaques, désinformation: la guerre hybride menée par la Russie

La « ligne de front » passe donc par les médias publics

Comme dit Delphine Ernotte, « le service public est un des éléments qui permet d’assurer la défense nationale » en cas de conflit. Par la confiance qu’il tisse avec les citoyens, son information indépendante, il permet de déjouer des pièges. On l’a vu à Gossi, au Mali, en 2022, quand un faux charnier avait été mis à jour sur RFI et France 24 grâce aux images de drone de l’armée. On le voit aussi en Ukraine où Mykola Chernotytskyi, le patron des médias publics, doit lutter contre les bombardements de ses antennes, mais aussi contre les brouillages de satellites ou le piratage des réseaux. Sans compter les influenceurs sur Telegram à la solde de Moscou. Alors, bien sûr, il ne va pas dévoiler les positions de l’armée ukrainienne ou même le nombre de tués dans son pays. Mais il n’a pas hésité à faire la Une quand le Parlement voulait enterrer une enquête sur la corruption. Il en va de la crédibilité du service public qui, au regard des critères européens, n’est pas un service d’État.

À lire aussiLes médias de service public jugés importants voire indispensables par une majorité de Français

Source du contenu: www.rfi.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related

Le journal d'Outre-mer La 1ère – Journal d'Outre-mer du 24 avril 2026

Journal d'Outre-mer du 24 avril 2026 Source du contenu: www.rfi.fr