Et dire que c’est moi qui ai demandé à changer de service, pensant qu’ici il ferait meilleur vivre que là-bas, dans les limbes du quartier C. Ce qui, encore hier, représentait la stricte vérité. Après cinq ans passés aux urgences, service encore bien trop jeune pour être fonctionnel, ce n’était pas difficile. Si tu savais le bordel que c’est, malgré le décret de janvier 1974 et toutes ses bonnes volontés. J’ai vu de mes yeux le concierge de l’hôpital devoir conduire un accidenté de la route sur son diable jusqu’en chirurgie.
Après toutes ces années à changer des draps ensanglantés, laver des corps souffrants, faire des prises de sang à la chaîne, parfois des intra-artérielles, alors que c’est illégal, et prendre le risque de se retrouver sur le banc des accusés, réprimer ses humeurs face aux grognards par responsabilité morale, préparer des repas et encore des repas. Après des années à envoyer du « Respirez bien profondément », du « Ça va aller », du « Ça va passer », j’ai fini par demander ma mutation ici, parce que, quand même, les bébés meurent moins.
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