Simon Porte Jacquemus : « Pourquoi n’aurais-je pas le droit de faire défiler mon “Paysan” à Versailles ?

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Le créateur provençal nous livre ses confidences en avant-premier sur sa collection de l’été 2026, qu’il présentera dimanche à l’orangerie du château de Versailles.

Jeudi après-midi, dans les bureaux de Jacquemus, rue de Lisbonne, l’ambiance est au beau fixe. « Hier soir, nous sommes passés au bord de la catastrophe : l’orage a éventré la toiture, l’eau est entrée par le plafond, pile dans la pièce où nous avions installé la collection… Et, notamment, posées à plat, les robes de la fin, avec des mètres et des mètres de tissu ! Mais, heureusement, nous avons réussi à tout évacuer à temps », explique Simon Porte Jacquemus en nous montrant une vidéo des dégâts, en effet impressionnants. La collection indemne va pouvoir bientôt prendre la route de Versailles. Après y avoir présenté son défilé « Le Chouchou » en juin 2023 au bord du Grand Canal, il a choisi cette fois l’Orangerie, le royaume des agrumes sous Louis XIV, « parce que cela fait écho à ma famille, qui vendait des fruits, et que je suis littéralement obsédé par la gravure d’Hubert Robert (L’Orangerie du château de Versailles, 1777-1798, NDLR). »

On m’a déconseillé d’utiliser le mot paysan, certains pensent que c’est incompatible avec notre monde du luxe. Mais je ne veux pas me l’interdire pour des raisons politiques

Simon Porte Jacquemus

Dévoilée ce 29 juin, cette nouvelle collection s’appelle « Le Paysan », un hommage à ses grands-parents, dont il a retrouvé de très belles photos des années 1950 durant les moissons dans les Alpes. Ce « paysan » du défilé, ne serait-ce pas un peu lui, qui a réussi et qui honore ses racines au château de Versailles… avec un petit goût de revanche sociale ? « On m’a déconseillé d’utiliser ce mot, certains pensent que c’est incompatible avec notre monde du luxe, mais je ne veux pas me l’interdire pour des raisons politiques », dit-il, désemparé par les quelques commentaires sur les réseaux sociaux dénonçant, en substance, la glamourisation d’un monde rural en pleine colère des agriculteurs… Peut-on sérieusement lui reprocher les politiques européennes ? Pour beaucoup de petits-enfants de paysans (dont nous sommes), c’est au contraire une fierté d’évoquer ces racines et les souvenirs de vacances à la ferme (d’une époque certes révolue), devant un public de la mode historiquement bourgeois et, par ailleurs, très international.

Simon Porte Jacquemus
David Luraschi

« D’un autre côté, j’ai souvent eu l’impression qu’on me refusait d’utiliser les références de la haute couture, comme lors de mon dernier défilé, en janvier, où je citais l’influence des couturiers des années 1930, 1950, ajoute-t-il. Alors, cette fois, je pars de mon propre héritage mais sans être littéral. Depuis mon adolescence, j’ai toujours voulu me tirer moi-même vers le haut, aller vers la beauté, avec cette soif de découvrir des artistes, des sculpteurs. Je l’ai beaucoup revendiqué. Aujourd’hui, tout ça est en moi, et je peux partir du tablier, des blouses de paysannes, des châles pour créer une silhouette sophistiquée, dans des popelines et des jerseys haut de gamme, faire de ce très beau lin une longue robe au dos drapé, proposer des coupes élaborées comme ce cardigan aux manches japonisantes, en forme de calisson»

Un retour aux « Santons de Provence » de l’été 2017, non pas sa première collection mais celle qu’on pourrait qualifier de fondatrice dans son esthétique ? « En quelque sorte… Elle reste ma collection préférée, sans doute parce que, par la suite, avec le succès, la marque est devenue très pop, plus axée sur les produits. Je ne renie rien, toutes ces étapes m’ont permis d’être là où j’en suis, mais lorsque j’ai épuré ma silhouette pour le défilé “Les Sculptures” de janvier 2024, j’ai commencé à renouer avec ce que j’aime faire. L’arrivée de notre nouvelle CEO, Sarah Benady, en mars dernier, m’aide à redéfinir ce qu’est profondément Jacquemus. Notre stratégie est de diminuer notre distribution “wholesale” et d’ouvrir nos propres boutiques (une à Londres, une à New York, une à Los Angeles rien que ces neuf derniers mois, bientôt une à Miami). Nous avons grandi en vendant, entre autres, des bobs, et c’était extraordinaire, mais le plus beau cadeau que j’aie eu cette année c’est cette clientèle, notamment à Los Angeles, qui vient chercher chez nous les robes du défilé, les pièces plus exceptionnelles» Autre changement notable, contrairement aux collections précédentes en « see now buy now » (mises en boutique simultanément au show), « Le Paysan » sera commercialisé dans six mois, sur la saison printemps-été 2026. Une autre façon de revaloriser la création.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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