En 2026, Kering doit relever un sacré défi. Le conglomérat de luxe, dont les ventes ont encore dévissé de 13 % en 2025, pour atteindre 14,7 milliards d’euros (contre plus de 20 milliards en 2022), espère renouer avec la croissance. C’est ce qui a été promis lors de la présentation des résultats annuels, le 10 février, par le directeur général du groupe, Luca de Meo − appelé à la rescousse par le PDG, François-Henri Pinault, en septembre 2025.
Le défilé de la locomotive du groupe, Gucci, présenté à le 27 février à Milan, a eu le mérite de faire parler de lui pour son esthétique clivante, mais ne fédérera pas forcément un large public. A la fashion week de Paris, qui se déroule jusqu’au mardi 10 mars, d’autres marques de Kering ont défilé, comme Balenciaga et McQueen.
Chez Balenciaga, il s’agit du deuxième show de Pierpaolo Piccioli, qui a passé auparavant vingt-cinq années chez Valentino. L’Italien de 58 ans a été choisi pour son approche consensuelle de la mode, susceptible de séduire les clients que l’esthétique radicale de Demna (son prédécesseur, aujourd’hui chez Gucci) avait éloignés. Elle se caractérise par de beaux volumes, a priori compatibles avec la vision d’architecte que Cristobal Balenciaga (1895-1972) appliquait à ses vêtements.
Le défilé a lieu dans l’ancienne boutique Adidas de l’avenue des Champs-Elysées, un espace brut couvert de moquette noire et ponctué d’écrans ; ceux-ci diffusent en boucle une vidéo plutôt décousue, montrant des visages en gros plan, un serpent, une voiture lancée sur l’autoroute au crépuscule, un loup… La bande-son éclectique et la collection renforcent le sentiment de confusion.
Tailleurs au cordeau
Des looks plutôt dame (robe du soir drapé et/ou pailletée, gants longs) alternent avec d’autres plus volumineux (manteaux cocon et vestes boule) et des silhouettes streetwear (pull à capuche imprimé porté avec un legging). Des robes et des manteaux, bien coupés, sont beaux, mais l’ensemble est disparate. On a l’impression que la collection cherche à plaire au plus grand nombre. Ce faisant, elle ne dit pas grand-chose.
Après le défilé, Pierpaolo Piccioli a expliqué que les images diffusées sur les écrans (et qui se retrouvent imprimées sur des sacs et des pulls), ainsi que la scénographie sont le fruit d’une collaboration avec Sam Levinson. Le créateur d’Euphoria compte parmi les invités, ainsi que trois acteurs vingtenaires de la série. Si l’objectif de Kering n’est pas de transformer Balenciaga en une marque élégante, mais d’en faire une griffe cool qui parle aux jeunes, Pierpaolo Piccioli n’est sans doute pas la recrue idéale.
La situation est très différente chez McQueen, autre label du groupe Kering : avant d’en devenir le directeur artistique en 2023, Sean McGirr n’avait jamais piloté de maison. Marcher dans les pas d’Alexander McQueen, le fondateur surdoué, qui s’est donné la mort en 2010, et dont Sarah Burton a perpétué l’héritage jusqu’en 2023, n’est pas facile.
Le trentenaire britannique semble se donner du mal et tâche de respecter les fondamentaux de McQueen, aussi bien du point de vue de la mise en scène que du style. Cette fois, ses mannequins ont l’allure de poupées angoissantes avec leurs robes courtes et rigides qui laissent deviner la courbe des fesses, leurs pulls comme des armures métalliques et leurs tailleurs au cordeau. Il n’y a pas de fausse note, et pourtant on a du mal à entrer dans l’univers de Sean McGirr, qui semble toujours être la version affadie d’un autre créateur, à une autre époque. Une marque de mode est-elle éternellement pertinente ? C’est une autre question que Kering devra trancher.
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