La ferme où nous vivons aujourd’hui est dans ma famille depuis plusieurs générations. Elle est divisée en deux : d’un côté la ferme de la famille paternelle, dans le Cantal ; de l’autre, la ferme maternelle, en Haute-Loire. Les deux sont éloignées d’une dizaine de kilomètres et ont été regroupées quand mes parents se sont mariés. On a toujours fait de l’élevage ici, mais les choses ont beaucoup changé : mes grands-parents élevaient des vaches, des moutons, des poules, cultivaient des céréales. Mes parents ont choisi de se spécialiser en bovins laitiers. J’ai décidé de convertir la ferme au bio.
J’ai toujours su que je voulais être agriculteur. C’était une évidence pour moi. Ce qui ne l’était pas du tout, c’était de reprendre la ferme familiale et de passer en bio. Au sortir de mes études, j’ai travaillé en tant qu’ouvrier agricole dans diverses exploitations tout en recherchant une ferme où m’installer, mais, partout où j’allais, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. J’ai fini pas prendre conscience que je ne pouvais pas quitter ma ferme. Il a fallu que je parte de chez moi pour comprendre à quel point j’étais attaché à ce pays, malgré sa rudesse.
Blandine et moi nous sommes rencontrés lors d’un stage agricole dans l’Aveyron. Elle m’a accompagné dans mon périple et on a décidé de revenir au bercail. J’ai repris la ferme de mes parents en 2016 et, deux ans plus tard, nous décidions de passer en bio. C’est une éthique, mais surtout une décision de pur bon sens : on ne va pas travailler avec ni consommer des produits dangereux pour notre santé, et encore moins nourrir les gens avec !
« Il fallait changer tout notre système »
En revanche, la conversion n’a pas été simple. Il a d’abord fallu convaincre mes parents, qui étaient dans une logique de production croissante. Nous étions plutôt dans une optique d’autosuffisance, de parvenir à gérer notre ferme en étant autonomes en foin, en paille, en céréales, pour nourrir nos vaches avec des aliments dont nous contrôlions la culture. L’une des choses les plus dures à gérer a été le regard des autres. Car les agriculteurs bio, chez nous, n’avaient pas bonne réputation, considérés comme trop radicaux.
Et puis il y a une grosse pression administrative et économique, car il fallait changer tout notre système, se débarrasser de tous les stocks de fourrage d’avance (non bio) pour entièrement les remplacer et pouvoir nourrir nos bêtes avec du bio. La phase de conversion a duré près de deux ans et, seulement six ans plus tard, on a pu retrouver notre équilibre, recréer un écosystème stable et nourrir nos vaches avec notre propre fourrage. Aujourd’hui, on est suffisamment solides pour nous diversifier et commencer à cultiver des céréales, pour les animaux comme pour les humains.
Grâce au frère de Blandine qui est cuisinier et a travaillé au Mirazur, à Menton, nous avons pu faire découvrir notre veau de lait au chef Mauro Colagreco, qui l’a adopté. Aujourd’hui, nous fournissons sept grands restaurants et nous sommes fiers de notre viande, que nous aimons cuire à basse température et accompagnons d’un risotto de blé en direct de nos champs. Les goûts des produits parlent d’eux-mêmes.
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