Satoshi Kuwata a les idées claires. Sa marque, Setchu, n’a que quatre ans d’existence, mais il identifie déjà précisément ses atouts et ses points faibles. « Aujourd’hui, on écoule bien ce que l’on produit. Mais, en dehors du milieu de la mode, on n’est pas connu. Votre mère a sans doute déjà entendu parler de Vuitton, mais pas de Setchu. Mon but, c’est qu’un jour elle sache aussi ce qu’est Setchu », affirme-t-il, par Zoom, depuis le canapé de son appartement milanais.
Le designer japonais de 41 ans n’a pas un ego boursouflé comme on en croise parfois dans la mode, il croit en son projet avec une rationalité conférée par son expérience. Né près de Kyoto, il s’est formé dans l’une des meilleures écoles de mode, la Central Saint Martins, à Londres. Il a travaillé pour des marques très diverses, apprenant l’art du tailleur anglais à Savile Row, mais passant aussi chez des outsiders comme Gareth Pugh et Kanye West, ou des maisons établies, à l’instar de Givenchy. Quand il a décidé de lancer sa marque en 2020, il s’est installé à Milan, en Italie, pour être au plus près des usines et des artisans.
Setchu, dont le nom évoque en japonais le « compromis » entre les cultures occidentale et nippone, a déjà été récompensé par le prix italien Who Is on Next, en 2022, puis par le prix LVMH, en 2023. La griffe est aussi l’invitée d’honneur du salon de mode masculine Pitti Uomo, qui lui donnera l’occasion d’organiser son premier défilé, le 16 janvier 2025, à Florence. « Le défilé qui dure à peine dix minutes, ce n’est pas trop mon truc, admet Satoshi Kuwata. Mais je suis content d’en faire un pour expliquer et montrer notre travail. »
Le designer ne fonctionne pas comme la plupart de ses concurrents, en imaginant chaque saison une nouvelle collection qui raconte une nouvelle histoire. Il a créé des familles de vêtements mixtes, qu’il modifie légèrement, au fil du temps. Il encourage ses clients à revenir le voir quelques années après l’achat, quand ils commencent à s’en lasser, pour imaginer comment la pièce pourrait être améliorée ou transformée.
Col lavallière amovible
Le point commun des pièces Setchu, c’est leur versatilité. Elles sont ajustables, voire complètement transformables. La chemise « kimono », grâce à ses boutons supplémentaires sur le torse, peut se porter ajustée ou non, et possède aussi un col lavallière amovible. Les vestes « origami » sont fabriquées avec des plis incrustés qui leur permettent de se plier sans difficulté, et d’avoir l’air repassées même après un séjour prolongé dans une valise. Ces modèles, extrêmement aboutis d’un point de vue technique, visent en plus une forme d’intemporalité stylistique, car ils sont conçus dans des matières nobles et monochromes. « Je fonctionne un peu comme Apple, qui n’a qu’une gamme resserrée de produits – iPhone, iPad, MacBook… – qui sont sans cesse améliorés », analyse le créateur.
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