« Nous traversons une période où nous avons besoin de nous sentir mieux. Duran [Lantink] nous procure ce sentiment. » Ce sont les mots de Donatella Versace qui, mardi 2 avril, à Milan, présidait le prix Woolmark International 2025 attribué à Duran Lantink. Le designer néerlandais a proposé six volumineuses silhouettes tricotées en laine mérinos – l’utilisation de la laine étant un prérequis pour ce prix décerné par la Woolmark Company, organisation à but non lucratif australienne visant à soutenir l’industrie de la laine, des éleveurs de mouton jusqu’aux créateurs de mode.
Duran Lantink a fondé en 2019 la marque qui porte son nom. Elle se démarque depuis par ses expérimentations sur les volumes, ses vêtements gonflés et figés comme des sculptures et souvent empreints d’humour. Le designer de 38 ans recevra une dotation de 300 000 dollars australiens (172 620 euros), ainsi que la possibilité d’être distribué dans plusieurs grands magasins partenaires de Woolmark à travers le monde.
Ce dernier point concerne aussi les sept autres candidats (dont Meryll Rogge, Rachel Scott, Ester Manas et Michael Stewart), qui, comme Duran Lantink, étaient déjà des designers confirmés, finalistes ou lauréats de concours prestigieux, qu’il s’agisse du prix LVMH, de celui de l’Association nationale pour le développement des arts de la mode (Andam), fondée en 1989 par le ministère de la culture, ou de celui du Conseil des créateurs de mode américains (CFDA). A l’automne 2024, tous avaient reçu de la part de Woolmark une dotation de 60 000 dollars australiens (34 530 euros) pour développer une collection en laine mérinos.
Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent
Le choix d’un créateur de mode expérimenté, ainsi que le jury réputé – qui comprend, outre la créatrice Donatella Versace, le styliste star Law Roach ou le directeur artistique de Zegna, Alessandro Sartori –, peut se lire comme une volonté de faire de nouveau rayonner un prix qui possède un titre de gloire. Celui d’avoir récompensé, en 1954, un an après sa création, Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent, deux couturiers alors relativement inconnus. Ces dernières années cependant, les lauréats avaient eu une carrière moins fulgurante (Lagos Space Program en 2023, Saul Nash en 2022, Edward Crutchley en 2019…).
Duran Lantink apparaît comme une valeur sûre : ces dernières saisons, ses défilés ont fait partie des plus scrutés de la fashion week parisienne, et il a su s’entourer de soutiens-clés dans l’industrie de la mode, du concepteur de défilés Bureau Betak à l’agence de communication Lucien Pagès. Gageons que le prix Woolmark lui permette de raffiner encore sa proposition mode, et peut-être même d’attirer l’attention d’une maison établie à la recherche d’un directeur artistique. Ces derniers temps, son nom avait circulé pour une possible nomination chez Jean Paul Gaultier.
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