Les montres marxistes de « Severance »

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Mark Scout, le héros de la série dystopique américaine, porte deux montres, russe et japonaise, au style diamétralement opposé, reflet des deux facettes séparées de sa vie quotidienne.

L’ambiance d’une série naît d’une multitude de détails. Dans Severance, elle réside tout autant dans les moquettes vertes, les bureaux gris et les ordinateurs rétros des employés de la compagnie Lumon que dans les étonnants choix horlogers de Catherine Miller, la consultante créative de la série à succès diffusée en France sur Apple TV+. Pour rappel, les salariés de cette compagnie, ou plutôt de cette secte, se sont vu implanter une puce entraînant la dissociation de leur vie au bureau et de leur vie privée, jusqu’à séparer leurs souvenirs. Ce passage d’une identité à l’autre se matérialise par un changement de montre. En arrivant chaque matin, dans les locaux de Lumon, le héros Mark Scout ouvre son casier pour récupérer son badge et mettre à son poignet un modèle ultra-minimaliste, au cadran blanc dénué de tout logo, comme un uniforme ne véhiculant la moindre information ou le moindre message venu de l’extérieur (la marque japonaise, Bijouone, qui l’a créée peut remercier la série américaine pour avoir fait exploser ses ventes).

En revanche, lorsqu’il retourne dans la sphère privée, il change pour une Amphibia, archétype de la montre militaire russe, rugueuse et indestructible, créée dans les années 1960 par le fournisseur officiel du ministère de la Défense de l’Union soviétique, Vostok Komandirskie ! Impossible de rater à son poignet ce modèle à cadran vert frappé d’une étoile rouge, destiné à l’origine aux plongeurs de l’Armée rouge, avec son étanchéité à 200 mètres et son boîtier conçu pour résister à la pression. Si l’accessoiriste star a justifié ce choix par le prix très accessible et son goût personnel pour les Vostok qu’elle collectionne, les réseaux sociaux spéculent depuis la première saison de la série produite par Ben Stiller en 2022 sur cette origine. Cette montre ayant survécu au régime soviétique est-elle une étrange madeleine de Proust, souvenir d’un temps perdu ? Ou un clin d’œil à Marx, ce qui ne nous étonnerait pas de la part de cette dystopie dénonçant l’aliénation de l’homme par le travail et dont le personnage principal s’appelle Mark S. ?

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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