« Il y a peu d’expositions de créateurs de mode de leur vivant, non ? », s’amuse le modiste Stephen Jones, 67 ans, mis à l’honneur jusqu’au 16 mars 2025 à travers une riche rétrospective au Palais Galliera. Le Britannique, qui a fait du chapeau son terrain d’expression depuis la fin des années 1970, déroule dans les majestueuses salles du rez-de-chaussée du musée tout son vocabulaire.
C’est la première fois depuis plus de quarante ans que le Musée de la mode de la Ville de Paris consacre une exposition à un accessoire. Et pas n’importe lequel. Le chapeau est fort en symboles, il « finit » la silhouette imaginée par les créateurs de mode et impose aux yeux du monde un milieu social, une appartenance. Stephen Jones, lui, vient d’un milieu plutôt bourgeois, et d’une famille installée dans le comté de Cheshire (Royaume-Uni).
Son père est ingénieur. Enfant, il se sent différent, plus attiré par le dessin et la création que le football, dont sont friands ses camarades de classe. Direction Londres, où il atterrit comme étudiant au département chapeau de la Saint Martin’s School of Art (aujourd’hui l’école Central Saint Martins).
« Nous avons pensé cette exposition comme le voyage initiatique de Stephen depuis ses origines à ses débuts à Londres puis ses premières collaborations à Paris. L’idée est plus particulièrement de montrer le lien qui unit Stephen à la capitale française », détaille Marie-Laure Gutton, l’une des commissaires de l’exposition. Le parcours promène ainsi le visiteur de l’Angleterre à la France, en passant par les podiums de la haute couture.
Cette rétrospective permet de découvrir à la fois une vie étonnante et une succession de créations chapelières toutes plus audacieuses les unes que les autres. « C’est la première fois qu’il y a une boule disco suspendue au plafond du Palais Galliera », s’amuse le principal intéressé, dans la salle consacrée au Blitz, une boîte de nuit londonienne où, tous les mardis soir, il se réunissait avec ses amis, dont le chanteur Boy George, pour la soirée dédiée aux Nouveaux Romantiques.
Né en Angleterre dans les années 1970, ce mouvement mêlait styles flamboyants et musique new wave. Les chapeaux sont ici en cuir ou en velours, ornés de tulle ou de plumes. On retient également des années londoniennes du créateur sa collaboration avec Vivienne Westwood, commencée en 1978, qui se distingue par de grandes couronnes taillées dans un tweed coloré.
A partir des années 1980, Stephen Jones ne cesse de faire des allers-retours entre Londres et Paris, se liant d’amitié avec une poignée de créateurs installés dans la capitale française. Il développe des créations prolifiques pour Jean Paul Gaultier, Thierry Mugler, Azzedine Alaïa ou John Galliano. Plus récemment, c’est auprès de Maria Grazia Chiuri, chez Dior, Daniel Roseberry, chez Schiaparelli, ou encore Thom Browne, qu’il exerce son art.
Il s’agit à chaque fois de s’aligner avec l’univers particulier de chacun et d’imaginer le parfait chapeau pour finir une silhouette. Le musée donne ici à voir les tenues au complet, ce qui pointe parfaitement l’importance de ses accords, qu’il s’agisse d’un bibi léopard accompagnant un manteau du même motif chez Alaïa ou d’un chapeau doté d’une longue visière en dentelle anglaise, répondant ainsi à une robe délicate signée Galliano.
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L’exposition accorde également une belle place aux créations de Stephen Jones pour sa propre marque, qui porte son nom, encore en activité aujourd’hui et qui est son terrain d’expression le plus libre : que penser de ce chapeau « soupe à l’oignon », de cet autre « english breakfast » ou encore de celui « bobine de fil à coudre » ?
« J’ai toujours pensé que le chapeau était un accessoire très français avant de découvrir que les Français pensaient que c’était au contraire une chose très anglaise ! », s’amuse l’intéressé. L’humour présent dans ces créations-là est sans conteste britannique.
« Stephen Jones, chapeaux d’artiste », au Palais Galliera, 10, avenue Pierre-Ier-de-Serbie, Paris 16e. Jusqu’au 16 mars 2025. palaisgalliera.paris.fr
Source du contenu: www.lemonde.fr
