Le ton pistache, un vert amendé

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Rarement une « couleur de l’année » aura autant divisé que le Cloud Dancer, désigné teinte Pantone 2026. Ce blanc cassé, à la frontière du lait et du nuage, a laissé de nombreux observateurs perplexes : fade pour les uns, tout simplement ennuyeux pour les autres. Plus qu’un choix esthétique, cette tonalité neutre apparaît surtout comme le symptôme d’une fatigue visuelle collective, nourrie par la surabondance de stimulus. Après des années de couleurs saturées, les yeux réclameraient un peu de repos…

Derrière chaque tonalité proclamée « couleur de l’année » se jouent des arbitrages économiques et des enjeux de prospective. Historiquement, les prévisions couleur étaient dominées par les bureaux de style, grands manitous des tendances, dont les rapports, vendus aux marques parfois plusieurs années à l’avance, servaient de boussole à des secteurs entiers, de la mode à la décoration, en passant par la beauté et le design automobile. Une manière de réduire les risques commerciaux, le moindre faux pas chromatique pouvant entraîner des volumes importants d’invendus.

L’arrivée des data analysts et l’essor de l’intelligence artificielle ont transformé cette approche : alors que les projections reposaient surtout sur l’intuition mâtinée d’expérience et le croisement de signaux socioculturels faibles, elles peuvent désormais s’appuyer sur l’observation des comportements en ligne.

Après le jaune beurre ou le noir cerise

Recherches, clics, achats et images enregistrées deviennent autant d’indicateurs permettant d’objectiver des tendances jusque-là pressenties. Ainsi, des acteurs comme Pinterest ou Etsy délivrent désormais leurs prévisions couleur. Depuis trois ans, la plateforme d’inspiration visuelle publie ainsi sa Pinterest Palette, identifiant cinq couleurs appelées à s’imposer dans la mode, la déco ou la pop culture, à partir de l’analyse des sélections de ses 600 millions d’utilisateurs.

L’intelligence artificielle permet également d’identifier des récurrences émergentes, difficilement détectables par l’œil humain. La start-up Heuritech, spécialisée dans l’anticipation des tendances de mode grâce à l’IA, peut ainsi formuler des recommandations.

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Le choix du vert pistache, qui a envahi les podiums des collections automne-hiver 2025-2026, avait-il été pronostiqué ? Pour l’année 2025, Pantone misait sur Mocha Mousse, un brun gourmand, tandis qu’Etsy désignait lime cream, un vert crème doux et lumineux. Pinterest, de son côté, retenait le vert aneth.

Le vert avait donc bel et bien été repéré, mais il apparaissait sous des formes plus feutrées. Ni tout à fait olive, plus clair que le vert forêt et plus saturé que le vert menthe, la nuance pistache est surtout révélatrice d’une tendance plus large : les tonalités influencées par les références culinaires.

Après le chocolat gourmand, le jaune beurre, le noir cerise, le « festin chromatique » se poursuit donc avec le vert pistache. Son succès devrait beaucoup à l’engouement pour le chocolat de Dubaï, généreusement fourré de ce fruit sec et largement mis en scène sur les réseaux sociaux.

Chemise en soie, 229 €, et cardigan en coton, 215 €, Marella, frmarella.com
Blazer et pantalon en laine, Paul Smith, 1 085 € et 640 €, paulsmith.com  ; polo Classic, en baby cashmere, Loro Piana, 1 700 €, fr.loropiana.com  ; escarpins en toile, ornés de cristaux, Prada, 1 450 €, prada.com 
Robe en soie, 4 500 €, lunettes en acétate, 450 €, et ceinture en cuir, 550 €, Gucci, gucci.com
Carré 90 double face Cheval surprise, en soie, Hermès, 710 €, hermes.com ; culotte Petit Bateau, petit-bateau.fr
Trench en popeline de coton, robe en chiffon de viscose et pantalon de survêtement en coton, Dries Van Noten, 1 265 €, 2 450 € et 395 €, driesvannoten.com

Source du contenu: www.lemonde.fr

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