Le gerbera, fleuron de supermarché

Date:

Il a failli ne pas avoir sa propre page. Trop criard, trop démodé, trop vu. Sans parfum pour compenser, et avec des pétales pas vraiment sortis d’une dentellerie de Calais. C’était mal le connaître. Le gerbera, fleuron de la bouquetterie de grande surface vendu par milliers de brouettées douze mois sur douze à 2 euros la tige, est plus complexe qu’il n’y paraît. Derrière ses couleurs franches, son humeur égale et gaie et sa fiabilité une fois coupé, le gerbera camoufle une nature ultrasensible.

« Pucerons, aleurodes, thrips, acariens, chenilles, punaises… Il attrape tout ce qui passe », énumère Maxime Clément, deuxième génération d’horticulteur chez Clément Fleurs et membre du Collectif de la fleur française. Avant d’ajouter à sa liste l’oïdium et la pourriture grise. « Ce n’est pas une fleur facile, sa culture est très technique. » Mais possible sans même avoir recours à des produits phytosanitaires, assure le producteur du Loir-et-Cher qui tient à continuer à le produire.

Pendant longtemps, le gerbera exigeait un éclairage huit heures par nuit et une serre, chauffée à 20 °C le jour et à 15 °C la nuit. Mais « depuis que le prix de l’énergie a brutalement augmenté, même avec une pompe à chaleur écoresponsable », la bamboche, c’est terminé. Les gerberas et ses petits frères les germinis vont devoir s’adapter. « On teste leur résistance au froid », explique l’horticulteur. Il rachètera les variétés les plus vaillantes à l’un des trois uniques producteurs de plants en Europe. « Un pied dure quatre ans. Ce n’est pas comme une tulipe qui donne et qu’on arrache, on s’y attache. »

Jaune bouton d’or, rouge drapeau

Alors, ses gerberas, il les bichonne. Lâche des prédateurs pour manger les plus petits insectes, régule l’hygrométrie et ventile pour lutter contre la moisissure. Il aime leur jaune bouton d’or, leur rouge drapeau et leurs couleurs qui claquent net. Mais la mode est à la fleurette, aux renoncules, aux anémones. Alors, pour attirer de nouveaux amateurs, le gerbera s’est trouvé des robes terracotta, des pastels, de nuances bicolores.

Malory Pacevicius, fleuriste chez Poppy Figue, à Toulouse, préfère les camaïeux de couleurs douces et en propose aux pétales fins et pointus ou roulés comme une feuille de cigarette. Elle apprécie ses tiges longues, sans courbures, « qui donnent du volume à une composition », et suffisamment dociles pour rester en place. Alors la fleuriste toulousaine les sépare par couleurs dans un vase. Ou fait dépasser la tête de l’un du bouquet quand celle d’un autre rase le col du vase, pour montrer que le gerbera peut aussi trouver sa place là où on ne l’attend pas.

Nom savant Gerbera. Zone de prédilection Les régions chaudes et ensoleillées, qui lui rappellent l’Afrique du Sud. Floraison Toute l’année sous serre, de mai à juillet en plein air. Entretien Garder la motte toujours humide. Aime Les sols riches. N’aime pas Le froid.

Réutiliser ce contenu

Source du contenu: www.lemonde.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related