Sa famille est connue pour ses excès. Des feuilles épaisses comme du cuir, atteignant souvent plus de 1 mètre d’envergure, qui valent à certaines le surnom d’« oreilles d’éléphant », des robes panachées très recherchées vendues parfois 200 à 300 euros à des collectionneurs…
Chez les alocasias, tout est affaire de grandeur. Mais, dans cette botanique de la démesure, l’alocasia tiny dancer, 40 centimètres maximum, perchée sur des pointes, prend le contre-pied de sa lignée. « Ses tiges sont souples, fines et retombantes, contrairement à celles de ses cousines, toujours raides et érigées », décrit Daniel Verhille, de la pépinière A l’ombre des figuiers, à Quimper.
Ce pur produit fabriqué in vitro par la main de l’homme ne survivrait pas trois jours dans un jardin balinais, mais il est parfaitement adapté au format d’une salle de bains de poche. D’où son succès. « Aujourd’hui, elle vient des Pays-Bas, qui en tirent 10 000 plants à partir d’une seule feuille, observe le pépiniériste de collection. C’est la grosse cavalerie. » La tiny dancer n’a pourtant pas débarqué en trombe.
Feuilles mi-flèches, mi-cœurs
Bryan Balhan, de Racine L’atelier végétal, à Hyères, l’a connue à ses débuts. Il y a encore quatre ans, difficile à vendre et à trouver, elle performait pour 35 euros le pot. Deux ans et quelques numéros de claquettes sur Instagram plus tard, la tiny dancer a percé et se fait nettement plus abordable.
« C’est un peu la chouchou du moment », constate le jardinier paysagiste hyérois. Mais son succès ne tient pas seulement à son profil de petite plante bien pratique. Contrairement aux alocasias spectaculaires par la taille ou le veinage, celle-ci joue le rythme et la ligne plus que la masse. Elle fonctionne comme un objet graphique vivant et virevoltant.
Placée dans un pot de terre sphérique, la tiny dancer s’ouvre dans l’espace en formant une structure éclatée, ses tiges, presque calligraphiques, semblent onduler sur un air de danse indienne, ses feuilles banalement vertes, mi-flèches, mi-cœurs, flotter en suspension. « C’est une petite sculpture », assure Bryan Balhan, une sorte de Shiva miniature exécutant sa danse cosmique.
Nom savant « Alocasia ».
Zone de prédilection Dans un pot, placé en intérieur.
Floraison Insignifiante et imprévisible.
Entretien L’arroser et vider sa soucoupe régulièrement.
Aime La lumière vive mais sans soleil direct, qui brûlerait ses feuilles.
N’aime pas L’eau trop froide et calcaire.
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