Quand il s’agit de mode, tout n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser. La surchemise en est une bonne illustration. Plus vraiment chemise, pas tout à fait veste, on lui donne outre-Atlantique le nom de shacket, contraction de shirt (« chemise ») et de jacket (« veste »). C’est qu’elle se porte traditionnellement sur un tee-shirt ou un pull, à l’inverse de la chemise, qui, elle, a longtemps été dissimulée. A l’origine, cette dernière est en effet un sous-vêtement, au sens le plus littéral du terme. Jusqu’au XIXe siècle, elle se dévoile à peine : seuls les cols et les poignets peuvent dépasser du gilet et, plus tard, du costume.
Au même moment, pourtant, dans les campagnes françaises, les ouvriers en bleu de travail portent ce qui deviendra l’ancêtre de la surchemise moderne. Taillées dans une toile épaisse, pour se protéger du froid, ces vestes empruntent à la chemise quelques codes, dont le col et le boutonnage. Et se dotent de nouveaux détails, comme les poches plaquées.
Pour les historiens, le bleu de travail serait lui-même à l’origine des vestes d’uniformes militaires et ce, dès les années 1930, lorsque la marine habillait ses officiers d’une chemise épaisse avec poches sur la poitrine. Avec toujours la même fonction : protéger les hommes des intempéries. Mais c’est probablement dans les années 1990 que la surchemise connaît sa véritable heure de gloire : à carreaux, en flanelle ou en laine, elle prend le nom de chemise de bûcheron et se porte généralement sur un tee-shirt.
Symbole d’efforts physiques
Parce qu’elle est donc le symbole d’efforts physiques intenses et surtout d’une certaine masculinité rugueuse, il n’est pas étonnant que la surchemise ait réchauffé quelques-uns des hommes les plus virils de la pop culture : de Bruce Springsteen, ce working class hero, chantant les problématiques de la classe ouvrière américaine comme personne, à Paul Newman, qui jouera les forçats dans Luke la main froide (1967) – adaptation du roman du même nom de Donn Pearce –, dans lequel l’acteur remettait au goût du jour le bleu de travail.
Plus contemporains, les protagonistes de Yellowstone, soap américain opposant cow-boys, Indiens et promoteurs véreux dans les montagnes du Montana, au nord-ouest des Etats-Unis, ont usé et abusé de la surchemise et de ses déclinaisons dans les cinq saisons que compte la série. Citons aussi l’acteur Jeremy Allen White, chef en surchauffe dans la série The Bear (2022) qui, quand il n’est pas en tee-shirt blanc et tablier, affronte le froid polaire de Chicago dans d’épaisses shackets.
Aujourd’hui, ce sont les travailleurs 2.0 qui enfilent la surchemise. S’ils ont délaissé les usines et les champs pour le confort douillet de bureaux chauffés, ils continuent de s’emparer de cette pièce mode. Qui, dénuée de sa fonction de protection, continue d’être le symbole d’un certain archétype masculin.
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