C’est au cœur de la Tour de Londres, soigneusement protégés par de larges vitres blindées, que dorment les joyaux de la couronne britannique. On y trouve des tiares bordées de pierres précieuses, un sceptre, un orbe ou même une épée et des trompettes, mais de montres royales, point. Pourtant, c’est bien une minuscule montre-bracelet qu’Elizabeth II portait au poignet lors de son couronnement, à l’abbaye de Westminster, à Londres, en 1953.
Un modèle signé Jaeger-LeCoultre, offert par le président français de l’époque, Vincent Auriol, à celle qui s’apprêtait à devenir reine d’Angleterre. Tellement fine que l’on aurait pu la confondre avec un bracelet de diamants, cette montre fait, aujourd’hui encore, figure d’exception, puisqu’elle contient le plus petit mouvement horloger mécanique jamais produit, le Calibre 101, à peine plus grand qu’une tête d’allumette.
Historiquement, la miniaturisation des objets du quotidien – tabatières, bonbonnières, étuis, flacons – trouve ses origines au XVIIIe siècle, alors que se développent les métiers d’art et que les arts décoratifs prennent leur envol. Plus l’objet est petit, plus il est raffiné, et plus il en dit long sur le statut social élevé de son propriétaire.
Vocation à être exhibés
S’ils sont assez réduits pour se cacher au fond des poches et se faire oublier, ces mini-objets ont pourtant bien vocation à être exhibés. Les montres n’échappent pas à cette vague miniature : en Suisse, bon nombre d’horlogers s’échinent à réduire la taille de leur mouvement et autres mécanismes, visant l’extra-petit. Il faut dire que les élégantes du XIXe raffolent de ces garde-temps minuscules, véritables bijoux puisque déclinés en pendentifs, bagues ou broches.
Diamants, laque, pierres précieuses, émaux… Dans les années 1920, et alors que la montre s’est enfin installée sur les poignets, le mini-format est toujours en vogue, pourvu qu’il soit précieux. Le mouvement Art déco, qui se diffuse en Europe, fait ainsi du garde-temps féminin une parure joaillière qu’il est toujours de bon ton d’afficher. Aujourd’hui encore synonyme de raffinement, la montre miniature s’offre un retour en grâce remarqué.
Et ce par le biais des idoles du siècle dernier (Audrey Hepburn, Grace Kelly, Lady Diana…), devenues les symboles d’un luxe discret qui ne se démode pas. Il séduit même des hommes, jusqu’alors habitués aux chronomètres virils en acier. En témoignent les dernières apparitions sur les tapis rouges de l’acteur irlandais Paul Mescal, star de Gladiator II, portant la version réduite des montres Baignoire et Santos, de Cartier. Ou quand la délicatesse s’affranchit des genres.
Source du contenu: www.lemonde.fr
