Kevin Germanier : « Ce n’est pas parce que je fais de la haute couture que je vais arrêter l’upcycling »

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Un feu d’artifice ! C’est l’effet produit par le défilé Germanier, qui a clos la semaine parisienne de la haute couture, jeudi 30 janvier. Au Palais de Tokyo, le designer suisse Kevin Germanier a orchestré une tempête de couleurs très maîtrisée, avec ses robes brodées de perles ou fabriquées à partir de vieux stylos découpés pour les faire ressembler à des coraux. Sa collection, qui évoque autant l’esthétique de Christian Lacroix que celle d’Yves Saint Laurent dans les années 1980, non seulement est une claque visuelle, mais elle s’appuie sur une démarche écologique : le designer de 33 ans ne travaille qu’à partir de matériaux recyclés. Nous l’avons rencontré juste avant son défilé, son premier au calendrier de la haute couture.

Pourquoi cette collection s’appelle-t-elle « Les Globuleuses » ?

Après « Les Epineuses » et « Les Désastreuses » [deux collections de 2024], ça sonnait bien ! Surtout, ça correspond à l’idée du défilé : le premier look ressemble à un globule rouge, le dernier à un globule blanc. Et, au milieu, il y a les globules colorés qui répondent à la question : qu’est-ce qui se passerait dans le corps d’une femme impeccable comme Bree Van de Kamp [personnage de la série Desperate Housewives] si elle ingérait une petite pilule Germanier ? Un chaos des couleurs et des formes, ce qui représente pour moi une sorte de perfection.

Comment avez-vous fabriqué ces robes ?

J’ai voulu livrer le meilleur de moi-même et, en même temps, présenter des artisans avec qui on collabore aux quatre coins du monde. Au Brésil, Gustavo Silvestre a crocheté des rideaux brillants que l’on voit sur les chars de carnaval pour les transformer en robes. En Inde, le brodeur Sachin, qui collabore avec des marques comme Oscar de la Renta, Schiaparelli ou Balmain, qui commandent parfois un peu trop, m’a demandé si je voulais bien être sa « poubelle » et utiliser des éléments de broderie qui lui restaient sur les bras.

Votre collection est-elle toujours entièrement faite à partir de matériaux récupérés ?

Oui. Cette saison, en plus de créer des vêtements à base d’éléments recyclés comme des perles ou des paillettes, j’ai aussi chiné des vestes Dior ou Saint Laurent pour leur donner une seconde vie. On les lave, on change leur doublure, on les brode. J’ai même retapé des paires de chaussures vintage que j’ai habillées de perles. Ce n’est pas parce que je fais de la haute couture que je vais arrêter l’upcycling, ce serait débile !

Pourquoi être passé de la fashion week prêt-à-porter à la haute couture ?

J’ai changé de business model. Quand je vendais du prêt-à-porter aux grands magasins, il y avait toujours des pertes, des invendus. Je ne crois pas que mon destin soit de créer des wagons de blazers noirs logotés. J’ai un style particulier et un message à faire passer, qui résonne auprès de certaines personnes. Je préfère me concentrer sur la construction de relations profondes avec ces clientes, en direct, en leur proposant par exemple de venir avec un vêtement dont elles se sont lassées. Et regarder ce qu’on peut faire ensemble pour le transformer.

Allez-vous poursuivre vos nombreuses collaborations ?

Absolument ! Avec [les crayons de couleurs] Caran d’Ache, Guerlain, Swarovski, [les fers à repasser] Laurastar… Cette année, je vais aussi dessiner les costumes de l’Eurovision, qui aura lieu en Suisse. Et, si Air France venait nous voir demain, hop !, je rhabillerais leurs avions ! Germanier, c’est un studio créatif. Je ne veux pas dire par là qu’on représente un « style de vie », comme le disent tant d’autres marques, mais qu’avec l’upcycling on peut tout faire.

Qu’attendez-vous de l’avenir ?

Qu’on me mette chez Christian Dior ! Même si, là, ça semble loupé ! Je veux montrer qu’on peut changer les choses de l’intérieur : faire plus attention à l’environnement, veiller à ce que les femmes soient payées autant que les hommes, ne plus prendre de stagiaires pour faire le boulot de CDI, etc. On ne peut pas tout changer d’un coup, mais on a entendu assez de blabla, il faut des actions.

A défaut de Dior, vous avez déjà noué un partenariat avec LVMH pour valoriser les invendus…

Oui, en 2024, on a utilisé les invendus de sept maisons différentes du groupe pour faire une collection baptisée « Prélude ». Elle porte ce nom parce que c’est le début d’une histoire, mais je ne peux rien dire de plus pour l’instant !

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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