Keiko Yanagisawa et Naoki Kawano, lavis d’artistes

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Cet article est tiré de notre supplément « Le Goût de M », consacré au Japon, en vente sur la boutique du Monde.

Le contraste se lit dès l’entrée de leur appartement parisien, décoré d’œuvres qu’ils ont créées : une grande toile noire abstraite côtoie un délicat portrait de fleur solitaire sur fond blanc, dépliant ses pistils sur le mur d’en face. « Nous sommes un couple, mais nos univers d’artistes sont on ne peut plus opposés », prévient dans un sourire Keiko Yanagisawa. À ses côtés, Naoki Kawano confirme : « Elle peint des fleurs, inlassablement, comme quelqu’un qui affûte une lame. Je suis intéressé par les textures, j’expérimente les matières, je cherche à éliminer les frontières entre les disciplines. »

Installés à Paris depuis cinq ans, les deux créateurs japonais de 36 ans, tous deux formés au graphisme dans leur pays natal, se sont rencontrés à Londres au Blake College of Art & Design. Après leur diplôme, rêvant d’y mener la vie d’artiste, ils posent leurs pinceaux en France, portés par l’intuition d’y trouver « une sensibilité et une ouverture » à leur travail, raconte Keiko Yanagisawa.

De ses cueillettes d’enfant dans la campagne de Karuizawa, à l’ouest de Tokyo, cette fille d’agriculteurs tire un imaginaire végétal sans cesse renouvelé : une flore aux ondulations fantastiques devenue herbiers foisonnants, finement tracés au stylo sur du papier japonais puis peints à l’aquarelle, à la gouache ou à l’encre. Peintre et plasticien élevé dans la ville de Kumamoto, sur l’île de Kyūshū, Naoki Kawano glane ses matériaux, mêle le café moulu à la gouache ou à l’aluminium froissé, modèle dans son atelier du 14ᵉ arrondissement des sculptures faites d’objets trouvés (vase ébréché, morceaux de bois, chaise sans assise…), des tableaux et des collages graphiques.

Sculpture de Naoki Kawano.

Le duo se retrouve autour des pigments japonais, rapportés en poudre de son voyage annuel au Japon : « Nous en faisons, là aussi, des usages très différents : j’aime laisser la matière brute, faire apparaître le grain, quand Keiko, qui est pour moi un génie de la couleur, cherche à créer sa palette », souligne Naoki Kawano.

L’héritage des arts déco français et japonais

Depuis peu, le couple poursuit son dialogue autour d’une collaboration commune. Repérés par Pierre Frey, éditeur de papier peint et de tissus d’ameublement depuis 1935, les deux artistes ont apposé leurs univers sur des créations de la maison (sorties en 2024). Ainsi, les patchworks et les explorations géométriques de Naoki Kawano ont été transposés en plusieurs coloris sur un papier peint intissé, une moquette et un jacquard en lin et laine. Quant aux rêveries botaniques de Keiko Yanagisawa, elles se sont matérialisées sur deux papiers peints floraux et un tissu aux broderies travaillées.

« Quand nous avons découvert nos œuvres ainsi retranscrites par les artisans de Pierre Frey, nous avons eu la surprise de retrouver nos dessins, nos lignes et nos teintes, à la nuance près. C’est comme si une nouvelle vie avait été insufflée à notre travail », racontent-ils d’une même voix. Ils y voient « modestement » une façon de s’inscrire dans l’héritage des arts décoratifs français comme japonais.

« Ces collections rentrent désormais dans les archives de la maison, qui conserve un pan du savoir-faire français et de l’histoire du tissu », s’émerveille Naoki Kawano. L’artiste, qui avait réalisé une première collaboration pour Pierre Frey en 2022, a également eu carte blanche pour imaginer le stand de l’éditeur au Salone 2024 de Milan : sur les parois du showroom, il a composé une saisissante « peau » faite de feuilles d’aluminium déchirées, défroissées et peintes d’un camaïeu de jaune et bleu. Comme une draperie aux mille plis et aux superpositions infinies.

naokikawano.com
@_naokikawano_
keikoyanagisawa.com
@keiko.yanagi

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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