Karl Lagerfeld sur la route de Memphis

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Fin janvier 1983, l’événement de la semaine parisienne des collections de haute couture printemps-été est le premier défilé de Karl Lagerfeld pour Chanel. Depuis la mort de sa créatrice, douze ans plus tôt, la maison de la rue Cambon n’avait plus de direction artistique. Le show se clôt sur une salve d’applaudissements et marque le début d’une aventure qui durera près de quatre décennies. L’Allemand de 49 ans fait alors sensation avec des silhouettes tout en noir et blanc. Une stricte austérité.

Mais le quotidien du couturier (mort en 2019) est alors moins monacal que monégasque. Depuis 1981, il ne vit pas dans cette Douce France chantée par Charles Trenet, morceau sur lequel défilent les mannequins, mais dans la Principauté, ensoleillée et fiscalement accorte. Son appartement, dans une tour de 27 étages, Le Roccabella, est rempli de couleurs et de formes surprenantes : tables et chaises semblables à des jeux de construction d’enfants, tatami de judo en guise de salon, coiffeuse illuminée pareille à une devanture de cinéma américain, bibliothèques et commodes déstructurées.

Ces meubles sont signés Ettore Sottsass, Michele De Lucchi, Matteo Thun, Marco Zanini… Tous membres d’un mouvement qui fait jaser à Milan : Memphis. En 1981, à l’initiative du premier, ils ont formé un courant joyeux, qui privilégie la forme à la fonction, l’excentricité à la sobriété. Leur exposition inaugurale dans la cité lombarde, à la galerie Arc’74, a défrayé la chronique, sans pour autant faire décoller les ventes. La rédactrice de mode Anna Piaggi y a emmené son ami Karl, qui, séduit, a tout acheté. En cette année d’arrivée de la gauche au pouvoir, le couturier vient d’acquérir son appartement à Monaco, lui qui est proche de la famille princière, de Caroline en premier lieu. La décoration est toute trouvée.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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