« Il veut engager la conversation, mais il ne sait pas comment l’aborder. Ça fait des années qu’il n’a pas parlé à une femme qui n’est ni sa fille ni sa sœur »

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Devant le garage aménagé pour qu’il puisse y habiter, il s’assoit sur le rocher plat, mis là comme exprès pour accueillir tous les matins son instant chicorée fumante avec vue. Il boit et regarde ce qui s’étend à ses pieds. Il ne se lasse pas du spectacle aussi désolé qu’époustouflant qu’offre cette partie de la ville depuis la fin des incendies.

Autour de lui, partout, à droite, à gauche, devant, derrière, les collines brûlées, à poil, couleur rouille, couleur de ce qu’on se figure être la planète Mars, qui ondoient, parfois stoppées dans leur danse par la carcasse d’une maison disparue dans les flammes ; ces structures hésitantes, traversées par le vide déposé là par le drame incendiaire.

Et juste en bas de l’immense escalier menant à la maison de son patron encore bien plantée, intacte et arrogante, à quelques mètres de son garage de gardien, une frontière tragique tant elle est claire et lisible. D’un côté, les cendres, et de l’autre, la végétation, le potager flamboyant, les box des animaux épargnés, l’ensemble de la propriété, intouchée.

Machine du diable

Il faut reconnaître que, pour une fois, la mégalomanie absolutiste de son patron a été constructive. Et dire que tout le monde s’était foutu de sa gueule quand, quelques années auparavant, il s’était mis à récupérer les eaux sales, à creuser des trous dans son terrain pour y enterrer des réservoirs d’eau, à acheter des pompes à extraction hors de prix.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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