C’est à Sant Martí, quartier postindustriel de Barcelone transformé en zone résidentielle, que Gabriel Escámez a installé son activité, derrière une discrète porte de garage noire. Le fondateur de Cobalto Studio a récemment ouvert une partie de cet espace au public, en inaugurant La Cobalta, une maison d’édition de vêtements, bijoux, assiettes en grès, pichets en terre sculpturaux et autres tapis.
Une sélection d’objets inspirés par le bassin méditerranéen, tout comme le style décoratif que l’architecte d’intérieur travaille depuis une dizaine d’années, associant la chaux, les formes organiques, le raphia – et le bleu cobalt, auquel son agence doit son nom. « Pour La Cobalta, je pars à la recherche d’artisanats tombés en désuétude, comme celui de la cire perdue, que nous revisitons. Nous éditons aussi, par exemple, des gros livres de six cents pages sur les folklores des Baléares qui ont nécessité cinq ans d’investigation, ou des lampes, dont certaines que j’ai dessinées m’ont été inspirées par la poésie de Federico García Lorca [1898-1936]… »
Gabriel Escámez est né à il y a trente-sept ans à Sitges, à 35 kilomètres au sud de Barcelone. Loin des clichés de la Costa Daurada, très touristique, cette station balnéaire historique a su conserver son cachet, avec ses maisons et façades du XIXe siècle et son Musée del Cau Ferrat consacré aux arts populaires et décoratifs comme aux beaux-arts. Ce lieu, où une collection de fers à repasser côtoie des toiles de Maurice Utrillo ou de Pablo Picasso, a durablement influencé Gabriel Escámez.
« Dépouiller du superflu »
Après des études d’architecture d’intérieur à la Deià, l’école d’art et de design de Barcelone, le jeune Espagnol entame une carrière de directeur artistique et orchestre des séances photo pour la mode. Il constitue également une collection d’assises qu’il loue pour des shootings ou des vidéos (« Je suis obsédé par les chaises, j’en possède plus de deux mille ! »), avant que son penchant pour l’histoire et le design ne reprenne définitivement le dessus.
Lorsque Gabriel Escámez, qui dit se sentir « à la fois méditerranéen, catalan et aussi espagnol, car passionné par le mouvement des danseurs de flamenco », s’est lancé, il y a dix ans, l’esthétique méditerranéenne était encore « méprisée », jugée trop kitsch. Pour en faire un courant majeur de la décoration actuelle, il a fallu l’ajuster aux canons de l’époque : « De l’ancien, on doit conserver l’esprit chaleureux et rassurant, à travers les tuiles, les tissus, la terre… et le dépouiller du superflu. Ce qu’il y a de beau dans le folklore, au sens premier du terme, c’est qu’il s’adapte dans la forme tout en conservant son sens », analyse le décorateur.
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