Alors que New York et Londres peinent à maintenir leur statut de capitales mondiales de la mode dans un contexte économique tendu, Milan fait preuve d’une relative stabilité. Pour cette saison automne-hiver 2025-2026 présentée du 25 février au 3 mars, elle tient son rythme habituel d’une cinquantaine de défilés, avec son lot de grands noms habilement placés au début et à la fin de la semaine de la mode, pour inciter les visiteurs à rester le plus longtemps possible.
Elle offre aussi quelques nouveautés, avec les premiers défilés de designers récemment nommés chez Alberta Ferretti ou Blumarine. Et compte même quelques défilés-anniversaires, avec les 30 ans de Dsquared2, les 60 ans de K-Way, ou les 100 ans de Fendi. Il ne manque à l’appel que Bottega Veneta, qui vient de changer de direction artistique, et quelques petites marques (comme The Attico ou Andreadamo) pour qui le défilé représente un investissement lourd à porter.
Cette saison, c’est à Gucci d’ouvrir le bal. La maison florentine a annoncé, le 6 février, qu’elle se séparait de son directeur artistique, Sabato de Sarno, recruté en 2023, et que le studio dessinerait la collection présentée à Milan. Le départ de Sabato de Sarno n’est pas surprenant, car ce dernier ne parvenait pas à relancer la marque à la suite de son prédécesseur, Alessandro Michele. Le moment choisi l’est davantage : on laisse en général au designer le temps de finir sa collection et de faire ses adieux sur le podium. Une séparation survenue moins de trois semaines avant un défilé ne s’est sans doute pas faite sans heurt.
Malgré la complexité de la situation, Gucci veut garder la tête haute. C’est en tout cas ce qu’indique ce show à la mise en scène très soignée. Dans un gigantesque studio en périphérie de Milan, Gucci a imaginé un écrin émeraude, rideaux aux murs, miroirs au plafond, le podium modelé de manière à former deux « G » entrelacés – un des logos de la marque. Au centre, un orchestre interprète une composition originale de Justin Hurwitz, face à un parterre de célébrités, dont l’actrice Jessica Chastain aux côtés du PDG de Kering (auquel appartient Gucci), François-Henri Pinault, tout sourire.
Côté vêtements, le propos est moins assuré, et on comprend aisément pourquoi : refaire une collection en moins de vingt jours relève du défi. Le studio s’est, comme on peut s’y attendre, concentré sur les valeurs-clés de la marque centenaire, piochées dans différentes époques. Il y a des petits manteaux boules portés avec des gants courts comme ceux de Jackie Kennedy dans les sixties, des tops échancrés sous des fausses fourrures évoquant la flamboyance sexy des créations de Tom Ford dans les années 2000, des souliers poilus qu’affectionnait Alessandro Michele, de la dentelle fine et des broderies lourdes chères à Sabato de Sarno.
Peut-être dans le but de moderniser la proposition, le studio a choisi de décliner ce collage d’inspirations dans des couleurs soutenues : violine, vert acide, rose Barbie, turquoise, vermillon… L’ensemble a tendance à manquer de cohérence, et surtout d’une voix qui permette à Gucci de dire autre chose que « voilà ce qu’a été la marque ». Le nouveau designer, dont la nomination devrait être annoncée prochainement, devra être en mesure de conjuguer Gucci au futur.
Manteaux brodés de plumes
Chez Jil Sander, Luke et Lucie Meier signent leur dernière collection pour la marque. Très réussie, celle-ci fait d’autant plus regretter le départ du couple vers des horizons inconnus. Le succès repose notamment sur une transition chromatique de l’obscurité vers la lumière. Le public est accueilli dans un espace étroit et tapissé de noir. Les premières silhouettes se fondent dans le décor, infusées de références punk avec des souliers et des pantalons en cuir parsemés de clous, mais aussi des kilts, vestes et ceintures décorées d’épingles argentées. S’y mêle le goût des Meier pour le vestiaire d’apparat, avec des bustiers ornés de longues franges brillantes, des pantalons en soie, des manteaux brodés de plumes.
Peu à peu, les vêtements captent la lumière – des bandes de dentelle claire s’incrustent sur les robes, un plastron de sequins se répand à l’avant d’une chemise – jusqu’aux looks ivoire, qui se démarquent d’autant plus dans la pénombre. Les plus belles pièces sont sans doute celles qui opèrent la jonction entre les deux mondes, comme cette robe en soie claire qui semble avoir été trempée dans une teinture noire à partir de la taille. Cette collection devrait convaincre les patrons en quête de directeurs artistiques de prendre en considération Luke et Lucie Meier.
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Chez Alberta Ferretti, il s’agit de la première collection de Lorenzo Serafini. Il succède à la fondatrice qui a donné son nom à l’entreprise et s’est retirée après quarante-trois ans de bons et loyaux services. Elle est présente au premier rang de ce défilé qui a lieu au siège du groupe Aeffe (qui possède aussi Moschino). Pour être à la hauteur de la mission, Lorenzo Serafini a imaginé une femme « romantique mais rationnelle », portant de grands manteaux enveloppants et des robes floues. Un contraste plutôt réussi sur certaines silhouettes épurées tandis que, sur d’autres, l’excès de volants, de drapés ou de sequins alourdit l’ensemble.
Quel que soit le potentiel de Lorenzo Serafini, il est avéré que les premières collections remportent rarement un franc succès. Celles de transition non plus. Les adieux, en revanche, ont tendance à bien plus inspirer les créateurs. Cette saison en fait de nouveau la démonstration.
Source du contenu: www.lemonde.fr
