« En novembre sa mère a disparu. Elle est partie en voyage. Mais seule. Enfin, pas vraiment seule »

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Quand il est arrivé dans cette nouvelle école en milieu d’année, les élèves avaient tous été briefés par leurs parents. A force de les croiser depuis le jardin d’enfants, il a tout de suite reconnu les visages ramassés et durcis par le malaise, les regards fixés au sol, se bagarrant contre l’envie de le dévisager : il a une maladie, une maladie qui fait qu’on perd ses cheveux, non, pas un cancer, ça s’appelle l’alopécie, ce n’est pas grave, non, on ne peut pas en mourir, mais fais comme si tout était normal. Au début, les premiers mois, ils ont fait un effort pour faire comme si tout était normal, mais très vite, les marécages au fond desquels siègent leurs cœurs sont remontés à la surface, jusqu’à la crue.

Les enfants sont méchants. Les humains sont cruels. A bientôt 10 ans, c’est la conclusion à laquelle il est arrivé. Il préfère les dieux. Pas les grecs ; les égyptiens. S’il les aime, c’est surtout parce qu’ils ont un point commun, eux et lui. Ils aiment les objets au point d’être enterrés avec eux. Ce sont aussi des collectionneurs. Pour lui, dans la vie, il y a deux équipes : les jeteurs et les gardeurs. Et il ressent uniquement du mépris pour les premiers. Il collectionne toutes sortes de choses : les queues de cerise, les tickets de caisse, les capuchons orphelins de stylo Bic, les billes, les pin’s, les doudous hippopotames. Et à sa mort, il aimerait être enterré avec eux. Il l’a écrit sur son testament qu’il a caché sous le matelas de son lit.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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