« Elles ont volé une poule ce matin, chez les voisins. Mais pour quoi faire, putain, pour quoi faire ? »

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De la terrasse de son restaurant, en pleine mise en place, elle les observe du coin de l’œil, alignées toutes les trois en rang d’oignons sur le trottoir d’en face, avec leurs tronches, en train d’attendre ce qui va sortir de leur sainte mère. Il est 11 heures et demie, un des premiers week-ends printaniers et ensoleillés vient de tomber, la petite ville se rengorge peu à peu de son attractivité et se remplit depuis la veille de citadins bouffeurs d’huîtres et buveurs de vin blanc.

Le service promet d’être d’une grande violence, ils vont se prendre une dégelée d’un autre temps. Une montagne de commandes, d’assiettes à servir, d’exigences à honorer l’attend. Ce service et les trois suivants.

Elle a donc clairement autre chose à foutre que de gérer ses filles. Elle se demande quoi faire. Les punir ou laisser couler ; pas bien grave, plus drôle qu’autre chose. Elle a appris à quel point punir des enfants peut se transformer en un cycle infernal de contraintes seulement capables de dérégler l’horlogerie organisationnelle. Faut assurer derrière, être solide, t’as mille fois l’occasion de céder, « Eh allez, vas-y, va regarder un film », « Prends mon tél », « Va dormir chez une copine », « Va jouer dehors avec les autres, mais lâche-moi ». Elle ne peut pas se le permettre. Mais elle ne peut pas laisser passer, les bras ballants, non plus.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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