Comme on le dit souvent, le deuxième roman ou film d’un artiste passe pour plus périlleux que le premier. L’adage vaut aussi en mode. Et le 30 septembre, deuxième jour de la fashion week parisienne, a proposé pas moins de trois défilés entrant dans cette catégorie.
En mars, pour les collections automne-hiver 2025-2026, le couple de Canadiens Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran était parvenu à faire parler de lui, malgré le nom peu consensuel de son label : Matières fécales. Au programme ? Un éloge du beau bizarre, avec des créatures anticonventionnelles, mi-couture mi-gothiques. Sous les ors de l’Hôtel d’Evreux, un hôtel particulier du XVIIIe siècle de la place Vendôme, son deuxième cru continue sur la même lancée.
Se côtoient des dames de salon en tailleurs-jupes épaulés et à basques, ensembles en tweed rose dragée ou fourreau en mousseline ; des maîtresses dominatrices en corsets, nues sous le manteau ceinturé, un masque vénitien sur le nez ; et des mauvais garçons en gants de cuir hérissés de picots métalliques et hauts streetwear imprimés de photos érotiques de Pierre Molinier (1900-1976). Les mannequins aux yeux noircis par des lentilles, maquillés, rasés, parfois difformes, détonnent et offrent une alternative au jeunisme et à la maigreur qui dominent les podiums.
Une débauche d’imprimés
Chez Dries Van Noten, Julian Klausner partage avec le fondateur éponyme un vrai sens de la mise en scène : tandis que la bande-son reproduit le bruit de la mer, les allées et venues des mannequins à un rythme régulier et apaisé rappellent le mouvement des vagues. « Je voulais célébrer l’été, l’énergie primaire d’un rayon de soleil. La tranquilité des choses simples », explique le designer. Il règne dans l’espace une quiétude assez rare pendant les fashion weeks. D’un point de vue vestimentaire, la collection est plutôt vitaminée.
Alors que son premier défilé hivernal jouait en majorité sur les tons sourds et les détails, Julian Klausner retient pour la saison estivale la part maximaliste de Dries Van Noten, usant d’une débauche de couleurs, de sequins et d’imprimés. Regroupées, les silhouettes forment un tableau chatoyant très séduisant. Dans le détail, le résultat est plus contrasté : certaines renouent avec la poésie du fondateur (les robes transparentes à petits points multicolores, par exemple), d’autres relèvent davantage de l’exercice de style (les motifs seventies, plus grossiers).
Chargé de redonner son lustre à la maison Lanvin, qui n’a plus beaucoup brillé depuis le départ d’Alber Elbaz en 2015, le Britannique Peter Copping a esquissé un premier essai prudent en janvier. Toujours désireux de respecter l’ADN chic de la maison et de s’inspirer des archives sans être littéral, il se concentre, cette fois, sur la couleur fétiche de la fondatrice, Jeanne Lanvin (1867-1946), le bleu.
Désormais de rigueur pour les doublures des sacs à main ou les semelles intérieures des chaussures, il est ici décliné dans plusieurs nuances pour habiller des robes longues qui poussent loin le raffinement : un drapé volumineux, des bijoux brodés, un imprimé inspiré d’une broderie des années 1920, une coupe asymétrique, des nœuds sur le côté…
Des couleurs vives (orange, vermillon) viennent en contrepoint, ainsi que la combinaison du noir et du blanc, qui sert l’idéal d’élégance poursuivi par Peter Copping pour Lanvin. Même s’il y a beaucoup de délicatesse dans son travail, l’ensemble manque encore de spontanéité, et on peine à deviner à qui s’adresse ce chic un peu suranné. Mais Rome ne s’est pas faite en jour, et une vraie proposition se déploie avant tout sur le temps long.
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