« Depuis des mois, il est son île, elle trouve l’éden dans le fond de ses yeux, elle récolte chacun de ses mots et de ses sourires »

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Debout dans la mini-piscine du camping, surnommée « jour 1 le bac à culs » par L., au milieu d’elles, les quatre êtres humains dont elle se sent le plus proche sur cette terre, avec qui elle vit depuis la maternelle, debout dans l’eau trop chaude couleur suspecte, elle se sent soudain amputée de leur lien et de ce qu’elles ont toujours été toutes ensemble. Et surtout de ce qu’elle a été elle, un jour, avec elles, il n’y a pas si longtemps ; une jeune fille basique, la plupart du temps hilare, qui savait danser des nuits sans lendemain, se marier pour la journée et tituber gentiment bras dessus, bras dessous avec ses copines dans les ruelles de la vie.

Elle fait semblant de boire une bière au goulot et se sent avoir 1 000 ans. Elle connaît parfaitement la source de son ressenti. Une source à tenir secrète pour l’éternité. Elle ne peut en parler qu’à elle-même. Et encore. Comment déjà se dire à elle-même ce qui lui arrive ? Elle aimerait tant pouvoir tout leur raconter, sangloter dans leurs bras comme le gros bébé qu’elle est, les laisser l’injurier de toute leur inventivité langagière, leur langue bien à elles. Elle les entend d’ici : « Trou du cul d’abuseur de vierges », « Herr Professor pervers de mes deux », « Espèce de déconstruit en carton, là ! »

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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