Le défilé croisière 2025-2026 présenté le 29 avril, au bord du lac de Côme (Italie), a donné l’occasion à Chanel de montrer l’importance qu’elle accorde à la qualité. La veille du show, la maison de luxe a fait visiter deux manufactures de la région, avec qui elle collabore étroitement. Au mois de mars, elle avait déjà entrepris de montrer les coulisses de sa production en ouvrant les portes de ses ateliers de Verneuil-en-Halatte (Oise) à quelques médias, dont Le Monde.
Inaugurés en 2021, ceux-ci prennent la forme d’un parallélépipède de 25 000 mètres carrés à la lisière de la forêt d’Halatte. La production électrique y est assurée par des panneaux photovoltaïques, la plupart des espaces de travail sont baignés de lumière naturelle. Opportunément situés à une cinquantaine de kilomètres de Paris, les ateliers sont spécialisés dans la fabrication des deux sacs best-sellers : le 2.55, lancé par Gabrielle Chanel en 1955, et le 11.12 (aussi appelé le « classique »), une déclinaison du précédent imaginé par Karl Lagerfeld dans les années 1980.
Ce site, qui fait la fierté de la marque, a été pensé pour être montré. Il possède sa propre salle d’exposition, qui met en scène l’histoire et les caractéristiques de ses sacs si cruciaux pour la santé économique de Chanel. Une sélection de 2.55 et 11.12 est aussi exposée dans les petites vitrines du grand hall d’accueil, où le dernier défilé à date est diffusé sur écran géant.
Pour Chanel, la visite du site permet de présenter quelques-uns de ses 300 artisans locaux, du préposé au contrôle qualité des peaux (un transfuge du secteur de l’aéronautique) à la personne chargée de passer un lien de cuir dans des maillons de métal pour obtenir la fameuse chaîne entrelacée (une employée fidèle, forte de trente-huit ans d’ancienneté dans la maison).
Des modèles uniquement réalisés en France
Chaque étape souligne à quel point l’élaboration des deux sacs est complexe : chacun nécessite 180 opérations, effectuées par 30 personnes. Même s’ils sont déjà qualifiés, les maroquiniers de Verneuil-en-Halatte sont formés sur place pendant quatre à cinq ans, pour être capable d’intervenir à n’importe quelle phase du processus. Et être à leur tour dépositaire du fameux savoir-faire propre à ces modèles qui sont désormais uniquement réalisés en France.
Décomposer toute la chaîne de production dont la plupart des étapes sont réalisées à la main est une manière ingénieuse de légitimer les prix pratiqués, qui se sont envolés depuis une dizaine d’années. Par exemple, ceux du 11.12 : en France, il se vendait au prix de 1 500 euros en 2006 ; il était à 4 800 euros en 2019 ; il est aujourd’hui à 10 300 euros.
D’après Chanel, cette inflation reflète la hausse du coût des matières premières ; elle résulte aussi d’une politique d’uniformisation des prix entre les différentes régions (longtemps, il était plus avantageux d’acheter en Europe). Elle correspond enfin à la volonté d’être parfaitement transparent sur le processus de fabrication, et d’être, à terme, capable de donner toutes les informations concernant les matières premières, l’impact environnemental, les conditions de production.
« On ne cesse de parler du prix du luxe, pointe Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel, quand on l’interroge sur les raisons qui le poussent à montrer ses manufactures. Certaines marques pratiquent des prix élevés qui ne correspondent pas à la valeur de leurs produits. Chanel se trouve là où elle est aujourd’hui [en bonne santé économique] parce qu’elle fabrique des produits exceptionnels. Il me paraît important de montrer comment on travaille. » La maison de la rue Cambon aurait tort de s’en priver, car elle possède des ateliers de production à la hauteur de ses ambitions.
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