Sur les podiums printemps-été 2026 de Chloé, Alaïa, Louis Vuitton ou encore Balmain, les balloon pants (« pantalons ballons ») ne sont pas passés inaperçus. Leur signe distinctif : une coupe ample et arrondie au niveau des cuisses qui se resserre à la cheville. En août 2025, c’est pendant la fashion week de Copenhague, laboratoire des tendances nordiques, qu’ils ont investi les collections – chez The Garment ou Birrot –, mais aussi la rue, portés par une foule d’influenceuses.
Dans les médias, les appellations varient : on parle de « modèles bouffants de type sarouel », de « genie pants », en écho à la silhouette d’Aladin, mais aussi parfois de « pantalons barrel » (« tonneau ») ou de bubble pants (« pantalons bulles »). Dans les années 2000, ces modèles aux volumes généreux avaient déjà opéré un retour en grâce, symboles de nonchalance bohème.
Aujourd’hui, les imaginaires convoqués sont multiples, tout comme les références historiques, qui puisent dans les traditions vestimentaires d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie, où volumes et drapés occupent depuis longtemps une place de choix. Leurs origines sont ainsi réinterrogées, dans un contexte plus large de réflexion autour de l’appropriation culturelle.
Racines profondes
« Si les balloon pants donnent l’impression d’une tendance toute fraîche, leurs racines sont profondes – et tournées vers l’Est. Leur silhouette s’inspire de vêtements pluriséculaires tels que le shalwar kameez, d’Asie du Sud, le şalvar turc ou encore le pantalon de harem, tous pensés pour le mouvement et l’aisance, bien avant que le confort vestimentaire ne devienne un mot d’ordre. Comme souvent, la mode ne fait que rattraper son retard », pouvait-on lire dans Vogue Arabia, en novembre.
Le magazine londonien Polyester revient, quant à lui, sur plusieurs débats déclenchés en ligne par des influenceurs indiens, vigilants quant à l’utilisation de leur héritage culturel, à l’heure où les maisons de luxe européennes multiplient les clins d’œil au marché sud-asiatique.
Des tiktokeurs s’interrogent ainsi sur la manière dont certaines pièces traditionnelles, comme le shalwar (pantalon large resserré à la cheville) ou le dupatta (étole longue et légère portée sur les épaules), sont rebaptisées et parfois présentées comme des tendances inédites en Occident. « “Pantalon plissé” est un nom ridicule pour ce qui est manifestement un shalwar ! », s’exaspèrent des commentateurs, comme le rapporte le magazine.
Selon le cabinet international de conseil en stratégie Kearney, le marché indien des produits de luxe, qui représentait 7,7 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) en 2023, devrait atteindre 12 milliards de dollars d’ici à 2028, avec un taux de croissance supérieur à celui des autres grands marchés dans le monde. Avec ses codes culturels riches et enracinés et sa tradition du luxe millénaire, l’Inde reste pourtant l’un des territoires les plus délicats à séduire pour les marques européennes.
Source du contenu: www.lemonde.fr
