L’homme qui a propulsé Gucci il y a dix ans avant de revenir dans la maison de Valentino Garavani l’an dernier, livrait la première collection de haute couture de sa vie. Une déflagration d’émotions au Palais Brongniart, ce mardi.
Imaginez dans trente ou cinquante ans une intelligence artificielle capable d’extraire du cerveau d’un designer, ses souvenirs, ses influences, ses lectures, en résumé tout ce qui fait son imaginaire. Imaginez maintenant ces datas traduites en mots défilant sur un écran géant. Et imaginez encore 48 créatures en robes haute couture courir contre le vent, sur la scène du Palais Brongniart, le long de cet écran, sous la lumière stroboscopique et sur le Roméo et Juliette de Prokofiev. C’était en substance le défilé Valentino de ce mardi après-midi. Une performance qui a causé une déflagration d’émotions chez les invités, plongés quelques minutes dans le cortex du Romain Alessandro Michele.
Courtesy of Press Office
Certes, Michele n’est pas tout à fait un designer comme les autres, il appartient à ce cercle restreint des très, très érudits (à la Karl Lagerfeld) pour qui, l’histoire de l’art, du costume et de la psychiatrie n’est pas une posture mais un phare dans la nuit. Il n’a pas eu besoin de ChatGPT pour lister les centaines de mots dont nous avons saisi certains à la volée: dentelle georgette / Molière / occultisme / Isadora Duncan / taffetas / Tiepolo / La Dame à la Licorne / Lewis Caroll / Charleston / Visconti / plissé / Byzance / William Morris / organza / Nikolaï Rimski-Korsakov / Sigmund Freud / point d’esprit / Frida Kahlo / Bloody Mary… « Depuis l’enfance, je suis un passionné de listes que j’écrivais dans l’ordre et dans le désordre, expliquait-il lors de la conférence de presse après le défilé. Pour moi, les vêtements sont des listes infinies de petites parties qui s’assemblent.» Il ajoutait aussi ne pas être un couturier, ni un tailleur, ne même pas savoir coudre (au contraire du fondateur de la maison M. Valentino), mais avoir eu le privilège de pouvoir s’appuyer sur les ateliers établis à Rome et les petites mains « qui ont un rite que je pourrais comparer à une fête de village où chaque modèle est considéré comme un saint découlant sur un protocole bien particulier.»
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C’est ainsi que Michele, le directeur artistique de 52 ans, ex-gourou de Gucci (2015-2022) qui tient les rênes créatives de Valentino depuis quelques mois, a signé la première haute couture de sa carrière. Fidèle à son esthétique mais en remplaçant le casting un peu freaks dont il est coutumier, par des femmes de tous âges, aux visages nus, cheveux au naturel, parfois poivre et sel, en contraste avec l’opulence et la sophistication de leurs tenues.
Une immense robe montée sur crinoline en crêpe de Chine et ruchés colorés d’Arlequin inspirée par la Commedia dell’arte qui a nécessité 1300 heures d’ouvrage à la main. Un modèle en patchwork de soie d’Alice au pays des merveilles. Un peignoir orientaliste en fil coupé se transformant en pantalon de harem tout droit sorti d’un Delacroix. Une robe de poupée Matriochka en crochet très Carnaby Street.. D’aucuns y verront moins de la mode que des costumes de scène. C’est vrai et c’est justement ce qui en fait la beauté. Les images de ces femmes courant sur la Danse des Chevaliers ont imprimé à leur tour notre cerveau, rejoignant ces bribes de souvenirs de défilés, ceux de McQueen, de Rick Owens, ou encore, il y a un an, celui de Margiela Artisanal par Galliano.
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