A New York, le défilé sous le signe du romantisme de Ralph Lauren

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« C’est rare de voir une telle concentration de gens importants », souffle un confrère américain alors que le défilé automne 2025 de la ligne Collection (le plus haut de gamme des nombreuses propositions de la maison) de Ralph Lauren s’apprête à commencer, ce jeudi 17 avril en début d’après-midi, au rez-de-chaussée du Clock Tower Building, à New York. Des célébrités (les actrices Michelle Williams, Naomi Watts, Julia Louis-Dreyfus, la chanteuse country Kacey Musgraves) posent pour les photographes. Graydon Carter, longtemps à la tête de Vanity Fair, et dont le Tout-New York se délecte du livre de souvenirs (When the Going Was Good ; An Editor’s Adventures During the Last Golden Age of Magazines, Penguin, non traduit), est là, attirant à lui des personnalités des médias. Anna Wintour s’apprête à arriver. Et tous observent le somptueux plafond de la Jack Shainman Gallery, au rez-de-chaussée de ce bâtiment classé, emblématique du « Gilded Age », la « période dorée » de l’Amérique correspondant à la seconde moitié du XIXᵉ siècle.

C’est une autre période dorée qu’ont vécu, à la fin du XXᵉ siècle et au début du XXIᵉ, Graydon Carter, Anna Wintour et tous les autres. Des décennies au cours desquelles l’argent coulait à flots et l’Amérique était le centre du monde. Mais aujourd’hui les notifications des smartphones annoncent au fil des heures les décisions surprenantes du président Donald Trump et, à quelques centaines de mètres de là, Wall Street chavire.

L’Amérique, voilà l’alpha et l’oméga de Ralph Lauren. La marque, poids lourd de la mode locale, est l’emblème de l’American Dream, de l’attraction des grands espaces de l’Ouest, du charme de la très cossue région des Hamptons, de la vitalité de New York, de la décontraction des équipes de sport, de l’élégance de la bourgeoisie de la Côte est. Elle diffuse dans le monde entier, avec son prêt-à-porter et sa ligne de décoration intérieure, le soft power du pays. Au point que, le 4 janvier, Joe Biden, qui était encore le président des Etats-Unis, décernait la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute décoration civile du pays, à Ralph Lauren, 85 ans, premier créateur de mode à recevoir un tel honneur. L’homme est une légende de la mode américaine, une sorte de trésor national chéri de tous. Un temps démocrate mais hors du débat politique depuis quelques années, il a autant habillé Jill Biden que Melania Trump.

Mais l’Amérique peut-elle encore vendre ? La question ne peut que traverser une entreprise aux 6,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, dont la moitié hors des frontières des Etats-Unis… Les bons chiffres récents de la marque semblent le confirmer. Et, pour ce qui est de la collection elle-même, le créateur choisit la carte de la douceur. Celle de l’automne 2025 est baptisée les « Romantiques modernes ». Chemise blanche à volants de style édouardien, veste en cuir marron patinée à l’effet vintage, manteau qui passe du cuir au veau velours grâce au travail des artisans… L’élégance est assurée et classique. Mais le romantisme de Ralph Lauren s’exprime surtout dans les tenues plus légères, comme une mini-robe en velours côtelé à imprimé cachemire ou encore une longue robe dos nu coupée dans de la dentelle superposée à du satin.

Défilé Ralph Lauren, à New York, le 17 avril 2025.
Défilé Ralph Lauren, à New York, le 17 avril 2025.
Défilé Ralph Lauren, à New York, le 17 avril 2025.

Difficile de ne pas voir dans chacune de ces silhouettes la démonstration, par un créateur chevronné, de son talent et surtout de son envie de marteler les valeurs esthétiques qui sont les siennes, tout en revisitant sa propre histoire. Ainsi, dans la foulée du défilé, les « Laurenologues », ces fans qui connaissent toutes les collections passées, évoquaient en ligne les liens entre certains passages et les créations des années 1980. La maison elle-même faisait savoir qu’un pull à sequins était directement inspiré d’une pièce portée par Kristin Clotilde Holby, célèbre mannequin norvégo-américaine de la décennie 1980, dans une campagne de publicité.

C’est bien à son propre « Gilded Age » que Ralph Lauren fait référence ici. Par le passé, le créateur a organisé des défilés dans les Hamptons, dans les locaux de son entreprise sur Madison Avenue, à Manhattan, et a même recréé son ranch du Colorado dans le port de Brooklyn. Aussi, quand il vient saluer l’assistance depuis le balcon, la salle se lève, consciente d’être face à l’une des dernières incarnations du rêve américain.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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