A la fashion week de Paris, les défilés changent de dimension

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Les marques les plus puissantes sont celles qui convient le plus d’invités à leurs défilés. Ce principe qui a longtemps fait loi est devenu moins pertinent ces dernières années, certaines grandes maisons privilégiant des formats « confidentiels » ou « intimes » (le vocabulaire de rigueur pour prévenir qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde). La saison automne-hiver 2025-2026 de Paris a oscillé entre deux extrêmes : des outsiders optant pour le gigantisme (tel Pierre Cardin devant la Géode de la Cité des sciences) d’une part ; des grands noms, de Givenchy à Saint Laurent, optant pour des jauges modestes de l’autre.

Même le géant Louis Vuitton n’a convié que 350 invités cette saison, presque trois fois moins que de coutume. La raison ? La maison ne recevait pas au Musée du Louvre ni au Musée d’Orsay, mais dans un immeuble en travaux jouxtant la gare du Nord : L’Etoile du Nord, construite en 1845 par une compagnie ferroviaire pour abriter ses bureaux, possède une superbe cour intérieure coiffée d’une verrière. Un lieu photogénique, mais de petite capacité, sans compter que la proximité des urgences de l’hôpital Lariboisière ne permet pas l’encombrement de voitures propre aux défilés.

Louis Vuitton est venu à bout des défis logistiques que représentait l’endroit, et Nicolas Ghesquière a pu y mettre en scène son défilé explorant l’idée du quai de gare : « J’ai demandé aux membres de mon équipe de me raconter ce que cela leur évoquait, leurs souvenirs de rencontre, de séparation, de voyage. Nous avons aussi réfléchi à des films, de Casablanca à Hunger Games en passant par Harry Potter. » Les nombreuses sources d’inspiration donnent naissance à une collection « éclectique, voire un peu foutoir », s’amuse le designer.



 
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Louis Vuitton.
Louis Vuitton


 
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Lacoste.
Lacoste


 
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Coperni
Coperni

Non seulement chaque silhouette porte plusieurs idées en elle, mais chacune ou presque raconte une histoire différente. Il y a d’abord les anoraks techniques en Nylon et en cuir mélangés à d’élégantes robes en velours de soie imprimé – section chargée d’évoquer l’arrivée dans la capitale d’un provincial (que Nicolas Ghesquière, qui a grandi dans la Vienne, a été). Puis l’inspiration « Orient Express » donne naissance à des robes en millefeuille de tulle, des manteaux en cuir bordés de fourrure. Les rideaux des TGV ont inspiré quelques tenues très épaulées, aux couleurs vives et aux motifs géométriques. On croise même une « prof de yoga » dans un ensemble en velours inspiré des banquettes de trains anciens.

Un tel foisonnement créatif est impressionnant. Il serait sans doute plus marquant s’il ne développait pas autant de concepts. Mais Nicolas Ghesquière ne cherche pas forcément à influencer son époque ou la manière dont on s’habille. Sous son égide, Louis Vuitton est devenu un laboratoire de mode, porté par les moyens colossaux de la plus grande marque de luxe du monde. A la fin de ce défilé, un sourire de fierté illuminait le visage de Bernard Arnault, le propriétaire de LVMH.

Blouson zippé, chemises à carreaux et jeans à broderies

Un an après son premier défilé pour Lacoste, Pelagia Kolotouros retourne à Roland-Garros. Dans l’enceinte aux 35 000 spectateurs, la designer gréco-américaine a fait installer un décor couleur terre battue au centre, avec des chaises disposées de façon circulaire. Le vestiaire semble hésiter entre deux mondes, sportswear technique d’un côté, mondanités nocturnes de l’autre. « On a voulu mettre la figure de René Lacoste au centre du propos et évoquer la façon dont il a muté d’un champion à un socialite [une figure mondaine] », explique Pelagia Kolotouros.

L’hybridité entre jour et soir s’impose sans convaincre dans une silhouette nonchalante aux épaules tombantes, aux pantalons larges, où le vert sombre domine. Une doudoune XXL pour garder les muscles au chaud entre deux sets s’associe à une jupe droite, tandis qu’une tunique en mousseline brodée de perles ou d’un damier de cristaux s’enfile par-dessus un tee-shirt griffé. Si être au cœur de Roland-Garros donne aux convives l’impression de faire partie d’un club d’initiés, voir ce vestiaire se voulant habillé demeure étrange dans un stade, qui plus est aussi immense.

Défilé Lacoste, à Roland-Garros, le 9 mars 2025.

Après un défilé-happening à Disneyland, en octobre 2024, « je voulais une scénographie en tout petit comité », reconnaît Arnaud Vaillant, de Coperni. Mais son acolyte et époux Sébastien Meyer a voulu voir plus grand après avoir assisté en novembre, à Stockholm, à DreamHack, le plus large rassemblement mondial de gamers jouant en réseau. « Un esprit de communauté incroyable !, raconte-t-il. Cela m’a donné envie d’organiser notre propre partie géante. » Au centre de l’Adidas Arena, salle de 8 000 places édifiée pour les Jeux olympiques de Paris 2024, 200 joueurs se démènent donc sur Rocket League ou Fortnite, sur leurs ordinateurs tunés aux couleurs fluo, avec tours et claviers lumineux.

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Autour d’eux zigzaguent des mannequins comme autant de personnages : des Lara Croft (en collants multipoches et lunettes connectées), des tentatrices (en robes du soir dont la ceinture retient un pan et dévoile la jambe), des hackeuses (en blouson zippé, chemises à carreaux et jeans à broderies tatouage façon Lisbeth Salander, l’héroïne de Millénium) ou des gameuses de l’extrême qui finissent épuisées dans leur sac de couchage, ici réinterprété en robe bustier. En restant fidèle à son obsession pour la technologie et avec son sens téméraire de la mise en scène monumentale, Coperni remporte cette partie.

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