Qui pour prendre la relève chez Givenchy ? La question est restée sans réponse pendant neuf longs mois. Les dirigeants du groupe LVMH, à qui appartient la marque, avaient sans doute conscience que, cette fois, ils n’avaient plus le droit à l’erreur. Après le passage infructueux de deux directeurs artistiques que tout opposait, Clare Waight Keller (de 2017 à 2020) puis Matthew M. Williams (de 2020 à 2023), Givenchy avait besoin d’un designer à la fois capable de rappeler les fondamentaux de la maison et d’imaginer son avenir. Une mission pour le moins délicate.
En septembre 2024, LVMH a enfin annoncé la nomination de Sarah Burton. La Britannique, née en 1974, a déjà sorti une marque d’une situation plus complexe encore, quand, en 2010, elle a repris McQueen après le suicide de son fondateur. Là-bas, pendant quatorze ans, elle a livré des collections irréprochables, toujours fidèles à l’esprit de Lee Alexander McQueen, qui lui avait appris le métier − elle était entrée en stage dans la maison en 1997, tout juste diplômée de l’école Central Saint Martins, à Londres.
Vendredi 7 mars, dans le cadre de la fashion week automne-hiver 2025-2026, elle a présenté à Paris sa première collection pour Givenchy, six mois après sa nomination. Le défilé a lieu dans les salons historiques de l’avenue George-V, où la griffe s’est installée en 1959. Un choix symbolique de la part de Sarah Burton : « Il me paraissait important de comprendre d’où venait la maison pour être ensuite capable de l’emmener ailleurs », explique-t-elle
Cette conviction a été renforcée quand la designer a pris connaissance, à son arrivée, des archives que Givenchy venait de retrouver par hasard, entre deux murs, lors de travaux de rénovation effectués dans les tout premiers locaux de la rue Alfred de Vigny. « Je l’ai considéré comme un cadeau : il y avait tous les patrons de la première collection de 1952, avec encore les échantillons de tissu et les noms des mannequins », s’enthousiasme la designer.
Volumineuse étole en cuir
Des débuts d’Hubert de Givenchy, Sarah Burton a retenu « les coupes, la silhouette très graphique, le travail de l’atelier, des éléments toujours pertinents aujourd’hui ». Monochromes et épurées pour la plupart, ses tenues peuvent paraître simples, mais elles se distinguent par leurs formes : les épaules sont larges, la taille affûtée, les manches bombées, les dos souvent fendus ou dénudés.
Cette formule est appliquée sur un manteau jaune beurre porté avec une volumineuse étole en cuir qu’on dirait sculptée ; un costume où le motif chevron est recouvert de noir au niveau des chevilles, comme si la mannequin avait marché dans du pétrole ; un perfecto un peu long, qui fait office de robe ; un caban anthracite en laine épaisse sur lequel un bouton blanc éclatant se distingue des autres, noirs.
Hormis quelques silhouettes conçues pour attirer l’œil des Instagrammeurs (une immense robe jaune ou un haut fait de bijoux assemblés), Sarah Burton élabore un vestiaire portable et séduisant, qui s’apprécie d’autant mieux de près, quand on peut mesurer la beauté d’une coupe biaisée, d’un bouton en cuir ou d’une fente discrètement placée. La designer brille par sa capacité à moderniser un héritage oublié autant que son sens de la nuance. Reste à voir si, dans une époque où ce sont souvent les marques les plus excessives qui tirent leur épingle du jeu, cela suffit pour relancer Givenchy.
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