A la fashion week de Paris, l’art de la métamorphose

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Un style multiple et évolutif : le 29 septembre, au coup d’envoi de la fashion week printemps-été 2026 de Paris, c’est une femme appréciant les transformations qu’ont dessinée trois designers indépendants montants.

Ellen Hodakova Larsson, 33 ans, a fait de la métamorphose la raison d’être de sa mode. Son prêt-à-porter, inventif et bluffant dans son exécution, se compose de matériaux récupérés qu’elle reconfigure en vêtements, « une façon de s’autoriser à toujours voir les choses sous un angle différent », affirme-t-elle en souriant. Dans le sous-sol du Musée Bourdelle, la Suédoise imagine le vestiaire d’une intellectuelle qui fait feu de tout bois. Un brin austère, elle détourne un sac vintage en brassière, accumule les ceintures pour s’en faire une robe frangée, amoncelle les zips ou les chapeaux de paille pour improviser des robes du soir.

Elle alterne entre l’élégance raffinée (de vieux draps et nappes blancs plissés en cape majestueuse, une jupe dans d’épatantes broderies à base de crochets de fermeture Eclair) et des audaces plus conceptuelles (des tuniques-oreillers, des créations sculpturales en fines armatures métalliques ou en paille). Elle va jusqu’à arborer sa bibliothèque, enfilant une robe plombée par une corolle d’une vingtaine de livres, dont les pages s’entrouvrent au rythme des pas. « D’anciennes encyclopédies sur l’histoire de la Suède », précise la créatrice, lauréate du prix LVMH 2024.

Autocollants de bijoux

« Dans une journée, une femme change de rôle : tantôt petite amie modèle, tantôt femme d’affaires ou super fêtarde, observe pour sa part Julie Kegels, 27 ans. J’avais envie de l’accompagner avec des astuces de magicien pour qu’elle puisse se changer en deux secondes. » Sous le métro aérien, à la station Passy, avancent des filles qui naviguent entre plusieurs vies, légèrement désaxées, le rouge à lèvres approximativement appliqué, des autocollants sur les doigts ou sur le cou imitant les bijoux qu’elles fantasment sans pouvoir se les offrir.

Une chemise blanche de cheffe d’entreprise s’échappe d’une nuisette rose bubble gum ; les jupes taille haute sont lestées des paillettes de la soirée de la veille, retenues entre deux pans d’organza ; les chemisiers se dotent d’épaulettes circonflexes ; une jupe plissée, bien sous tous rapports, s’avère ajourée à l’arrière… Les tours de magie – à l’aide de boutons-pression, de bretelles, de coutures invisibles – prennent vie devant les invités, telle cette robe opaque se déroulant pour révéler en un tour de bras un top en satin dévoré. Jamais à court d’idées, l’ensemble affirme une allure culottée.

L’hybridité, le Franco-Turc Burc Akyol, 36 ans, en fait le mantra de son label, fondé en 2018. Pantalon de smoking et lingerie, bustier de princesse en mousseline et jean droit, legging enrichi d’un millefeuille d’étoffes : le designer continue d’esquisser avec soin le vestiaire d’une personnalité altière, au corps élancé (le casting gagnerait pourtant à ne pas se borner à des mannequins minces), entre vie urbaine et soirées en bord de Méditerranée.

Lui qui manie à merveille l’organza et la soie noirs embrasse cette saison les couleurs, « des tons chatoyants et orientaux qui me sont familiers depuis toujours », dit-il : bleu lapis-lazuli, rouge safran, ocre, rose framboise. « En entamant la collection, la gravité de l’actualité politique m’affectait, avoue Burc Akyol. Mais j’ai pensé à ma mère qui me parlait de la rose comme d’un symbole d’espoir : de tout moment d’abattement peut naître de la beauté. » Lui a glissé des bombers architecturés qui se zippent, quand on le veut, à des capes de super-héroïne : « Une armure guerrière qui aide à affronter le monde sans renoncer à sa sensualité ni à sa dignité. »

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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