Les Iraniens ripostent contre des bases américaines dans le Golfe

Date:

Téhéran, bien qu’affaibli, a annoncé lundi soir avoir lancé l’opération «Bénédiction de la victoire» contre les emprises des États-Unis dans la région.

La riposte était attendue. Lundi en fin de journée, au lendemain des frappes des États-Unis contre l’Iran, Téhéran annonçait avoir lancé l’opération «Bénédiction de la victoire» contre les emprises américaines dans les pays du Golfe. Les défenses antiaériennes américaines ont été activées en Irak pour protéger la base d’Ain al-Assad, qui aurait été visée par un tir de missile. Au même moment, le Qatar annonçait avoir intercepté des missiles visant la base américaine d’Al-Udeid, située sur son territoire. Six missiles auraient visé cette base, la plus grande du Moyen-Orient. Selon Reuters, l’Iran aurait informé en amont le Qatar de ses frappes pour limiter le risque de pertes civiles. L’incident n’a fait ni morts ni blessés. En fin de journée, les dommages potentiels n’étaient pas encore connus.

Au Bahreïn, les autorités mettaient en garde les populations. Les Émirats arabes unis et le Koweït fermaient leur espace aérien, à la suite du Qatar. La principale base américaine en Syrie était placée en alerte maximale.

Même après une semaine de défaites tactiques et d’humiliations stratégiques, l’Iran n’est pas encore à terre. Même après les frappes américaines contre les infrastructures du programme nucléaire, les experts militaires occidentaux mettent en garde contre tout triomphalisme. Le régime de Téhéran s’est très probablement préparé à une confrontation longue. « Les Iraniens sont résilients, cela fait des années qu’ils se préparent », assure une source militaire française en prenant l’exemple des houthistes au Yémen. Bien qu’elle ait été ciblée par les États-Unis, la milice chiite a conservé des capacités de frappe et de nuisance. La puissance militaire n’a pas suffi. L’enjeu, « c’est la capacité à durer », ajoute-t-on. L’Iran a adopté une stratégie de patience, courbant le dos pour l’instant. Persuadés que l’objectif d’Israël est de faire tomber leur régime, les mollahs n’ont aucun intérêt à rechercher une issue négociée.

Depuis une dizaine de jours, 500 missiles ont été lancés par l’Iran contre Israël. Mais les salves de riposte ont perdu en ampleur : d’une centaine de missiles à moins de vingt. L’arsenal balistique a été mis à mal par l’offensive israélienne. En parallèle du programme nucléaire, il s’agit de l’autre objectif militaire de Tsahal. Ainsi, lundi, l’armée israélienne a affirmé avoir détruit « deux lanceurs de missiles dans le centre de l’Iran, sur la base Raad 5». « Toutes les bases où des lancements ont été détectés depuis le début de l’opération ont été frappées et endommagées. Nous continuons à cibler l’ensemble de la chaîne de valeur du programme balistique, depuis les missiles eux-mêmes jusqu’aux lanceurs », a expliqué un porte-parole de Tsahal.

Dimanche, des avions israéliens ont aussi attaqué le quartier général des missiles stratégiques Imam Hussein, dans la région de Yazd, où étaient stockés des missiles Khorramshahr à longue portée. « Environ 60 missiles avaient été lancés depuis ce quartier général en direction de l’État d’Israël depuis le début de l’opération Rising Lion », a comptabilisé l’Alma Research and Education Center, en Israël. Sans capacité de tir balistique, l’Iran ne sera plus en mesure de rétablir une dissuasion conventionnelle avec Israël.

20 à 30 missiles par jour

Après plus de dix jours de domination aérienne, la menace n’a pas encore disparu. La défense antimissile israélienne, même performante, n’est pas imperméable. L’armée israélienne doit aussi surveiller son propre stock d’intercepteurs, sachant qu’il est nécessaire d’en tirer plusieurs pour intercepter un seul missile. En face, le stock d’armes iraniennes s’élèverait à entre 1500 et 2000 missiles, selon des estimations convergentes exprimées dans les milieux militaires en Israël comme en France. La plupart de ces missiles de longue portée sont en mesure d’atteindre Israël et les emprises américaines dans la région. Depuis les frappes de dimanche, celles-ci sont devenues plus que jamais des « cibles légitimes » pour l’Iran. « L’Iran est en mesure de lancer 20 à 30 missiles par jour pendant une longue période », estime ainsi Danny Citrinowicz, chercheur à l’institut INSS en Israël, dans une analyse réalisée pour la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

À court terme, la principale limite à laquelle est confronté l’Iran porte sur ses lanceurs. Le régime en aurait détenu environ 200, selon une source française avant la guerre. Un peu plus selon l’armée israélienne. Celle-ci assure en avoir « détruit la moitié ». L’Iran utilise aussi des lanceurs montés sur camion qu’elle peut tenter de camoufler pour échapper aux bombardements. Quoi qu’il en soit, l’armée iranienne est contrainte de tirer désormais depuis l’est du pays et d’utiliser des missiles à deux étages pour augmenter leur portée. Cette élongation complique aussi en miroir les raids israéliens. Le renseignement qui pourra être fourni par les États-Unis pour déterminer les cibles à atteindre est dès lors essentiel. L’État hébreu est dépendant de Washington pour soutenir son offensive dans la durée. La Maison-Blanche décidera-t-elle à un moment de lui faire lever le pied ?

Si l’arsenal balistique de l’Iran symbolise la menace la plus directe, Téhéran dispose d’autres moyens de riposte contre l’offensive israélienne, de la paralysie du détroit d’Ormuz à des opérations terroristes. Si le conflit « s’enlise », comme le craignait dimanche dans Le Parisien avant les frappes américaines le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, le Moyen-Orient pourrait « basculer dans le chaos ».

Source du contenu: www.lefigaro.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related