Les Etats-Unis « ont lancé une guerre commerciale » et le Canada ne « reculera pas », a déclaré le premier ministre canadien, Justin Trudeau, mardi 4 mars, quelques heures après l’imposition de droits de douane par Donald Trump sur les produits canadiens. Estimant qu’il s’agissait d’une décision « stupide » de la part du président américain, le chef du gouvernement canadien démissionnaire a redit que rien ne « justifiait » ces mesures.
Cette réponse survient au lendemain de l’intensification de la guerre commerciale menée par le 47e président des Etats-Unis contre le Mexique, la Chine et le Canada. Pour l’ensemble des produits issus de son voisin du Nord, Donald Trump a annoncé une taxation de 25 %, sauf pour les hydrocarbures, taxés à hauteur de 10 %.
Estimant que « rien ne justifiait ces mesures » américaines, le Canada a mis en place, mardi, des droits de douane de 25 % sur certains produits américains, notamment la viande, les œufs, les fruits et le vin, pour un montant total de 155 milliards de dollars canadiens (102 milliards d’euros).
Justin Trudeau a aussi estimé que le but de Donald Trump était de « faire chuter l’économie canadienne » pour ensuite « parler d’annexion » du pays. « Nous ne serons jamais le 51e Etat [des Etats-Unis], mais oui, [Donald Trump] peut nuire à l’économie canadienne, et il a commencé ce [mardi] matin. »
Dans ce contexte, « je ne sais pas quelle négociation on pourrait entamer » avec les Etats-Unis, a-t-il ajouté. S’adressant aux Américains, Justin Trudeau a dit une nouvelle fois que cette « guerre commerciale » était uniquement la volonté de Washington. « Nous voulons travailler avec vous en tant qu’amis et alliés, et nous ne voulons pas non plus vous voir souffrir, mais votre gouvernement a choisi de vous infliger cela », a-t-il déclaré.
« Depuis ce matin, les marchés sont en baisse et l’inflation va augmenter de façon spectaculaire dans tout votre pays », a-t-il aussi mis en garde, ajoutant être prêt à s’entretenir avec Donald Trump rapidement. La Bourse de New York a plongé après l’entrée en vigueur de ces nouveaux droits de douane. Vers 16 h 20 (heure de Paris), le Dow Jones perdait 1,65 %, l’indice Nasdaq lâchait 1,95 % et l’indice élargi S&P 500 reculait de 1,87 %, effaçant tous les gains réalisés depuis l’élection de Donald Trump, en novembre.
Le Mexique promet des représailles « douanières et non douanières »
Donald Trump – qui ne peut justifier l’imposition par décrets de nouveaux droits de douane que par une urgence liée à la sécurité nationale – reproche aux trois pays de ne pas lutter suffisamment contre le trafic de fentanyl, une drogue aux effets dévastateurs aux Etats-Unis.
Le Monde Guides d’achat
Gourdes réutilisables
Les meilleures gourdes pour remplacer les bouteilles jetables
Lire
Mais Justin Trudeau réfute ce motif : « Je pense (…) qu’il n’y a rien que le Canada ou le Mexique puisse faire pour éviter ces droits de douane (…). Ces droits de douane ne concernent pas spécifiquement le fentanyl, bien que c’est la justification légale qu[e Donald Trump] doit utiliser pour effectivement avancer ces droits de douane. » Il s’agit d’un prétexte « complètement bidon, complètement injustifié », selon M. Trudeau.
L’ensemble des produits chinois sont quant à eux frappés par des droits de douane additionnels de 20 %, contre 10 % jusqu’ici. Pékin a répliqué en annonçant des taxes de 10 % et 15 % sur une série de produits agricoles en provenance des Etats-Unis, allant du poulet au soja.
La Chine a aussi annoncé avoir déposé une nouvelle plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les Etats-Unis concernant ces augmentations supplémentaires de droits de douane.
« Les mesures fiscales unilatérales des Etats-Unis violent gravement les règles de l’OMC et sapent les fondements de la coopération économique et commerciale sino-américaine », a déclaré mardi le ministère du commerce chinois dans un communiqué, ajoutant qu’il était « fortement mécontent et fermement opposé » à ces droits de douane. Un responsable de l’OMC a confirmé à l’Agence France-Presse que la nouvelle plainte de la Chine avait bien été reçue.
La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a promis, pour sa part, des représailles « douanières et non douanières » à la décision de Donald Trump. Elle prévoit d’en préciser la teneur dimanche lors d’une réunion publique à Mexico et de s’entretenir avant cela avec le président américain, « probablement jeudi ».
Source du contenu: www.lemonde.fr
