L’île abrite la plupart des 54.000 militaires américains déployés au Japon. Depuis longtemps maintenant, leur comportement contrarie les locaux.
Les autorités japonaises et américaines ont récemment annoncé patrouiller ensemble à Okinawa dans la nuit de ce vendredi (15h en France). Proposée par les Américains, cette opération conjointe s’effectuera jusqu’au lever du jour dans les zones fréquentées de la ville d’Okinawa, à proximité de la base aérienne de Kadena.
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Cette décision fait suite à de multiples affaires d’agressions sexuelles impliquant des membres des forces armées américaines dans la préfecture. Environ 54.000 soldats américains sont déployés au Japon et la majorité d’entre eux stationnent sur l’île située au sud ouest du pays. Depuis longtemps, des habitants se plaignent du comportement de ces hommes, rapporte l’AFP. L’initiative vise alors à empêcher la récurrence de ce type de crimes et illustre les efforts produits par les Américains pour résoudre ce problème.
La symbolique est forte : «La patrouille aura lieu dans la nuit du 18 avril, et c’est probablement le premier événement conjoint de ce type depuis 1973 », a déclaré un responsable de la préfecture d’Okinawa, précisant que le gouverneur Denny Tamaki pourrait y participer. Cette décision témoigne de «notre engagement continu en faveur du partenariat, de la responsabilité et du respect mutuel», a de son côté appuyé Roger Turner, général américain de la IIIe force expéditionnaire des «Marines» et coordinateur régional pour Okinawa.
Un sujet complexe
Le plan de patrouille a été approuvé mercredi dernier à la suite d’un entretien réunissant des responsables des forces américaines, de la police d’Okinawa ainsi que des ministères japonais des Affaires étrangères et de la Défense, explique The Asahi Shimbun .
Le sujet est complexe. En principe, les règles encadrant le traitement des crimes commis par des militaires américains sont définies par l’accord sur le statut des forces (SOFA) entre le Japon et les États-Unis. Cependant, en octobre dernier, le premier ministre Shigeru Ishiba avait exprimé sa volonté de réexaminer les termes de cet accord.
La police préfectorale et l’assemblée préfectorale ont donc été prudentes quant à l’organisation de patrouilles communes. Le SOFA stipulant notamment que si des responsables des deux parties se trouvaient sur une scène de crime, c’était l’armée américaine qui était considérée compétente pour juger le suspect américain. Un haut responsable de la police préfectorale a tout de même rejeté l’idée qu’il pourrait y avoir une violation du droit d’enquêter, l’objectif étant avant tout de sensibiliser à la prévention de la criminalité dans la ville.
Lutter contre des débordements dramatiques
En 1995, le viol collectif d’une fillette de 12 ans par trois soldats américains avait provoqué une vive indignation au sein de la population. Ce drame avait alors ravivé des appels à réviser le traité de coopération mutuelle et de sécurité signé par les deux États en 1960, qui autorise notamment le stationnement de troupes américaines au Japon. En mars dernier, les procureurs d’Okinawa avaient inculpé un soldat américain de 25 ans accusés d’avoir enlevé et agressé une jeune fille de moins de 16 ans, selon les médias locaux et le porte-parole du gouvernement. Quelques jours plus tard, un cas similaire avait été révélé, impliquant cette fois un marine américain de 21 ans accusé de viol.
Si des campagnes de sensibilisation avaient déjà été menées dans le passé, c’est la première fois qu’une initiative aussi concrète est prise. Le gouvernement de la ville prévoit par ailleurs de multiplier ce genre d’opération après le 18 avril.
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Cette patrouille conjointe intervient également dans un contexte géopolitique chaud dans lequel Tokyo et Washington multiplient leurs rapprochements, en partie pour faire face au développement militaire de la Chine dans la région.
Source du contenu: www.lefigaro.fr
