Condamné en 2012 à vingt ans de prison, mais libéré en 2022 à la suite d’une réduction à sa peine, Umar Patek commercialise aujourd’hui son mélange de café. Il rassemble ce mardi une petite foule au café Hedon Estate.
L’artificier de l’attentat sanglant de Bali, qui avait fait 202 morts en 2002, a lancé sa propre marque de café, rapportent nos confrères britanniques de The Guardian . Il commercialise un mélange de café épicé au Hedon Estate café, à Surabaya, la deuxième ville d’Indonésie. Il dit être un homme changé.
Umar Patek était membre d’un groupe affilié à Al-Qaïda qui avait fait exploser des bombes dans un bar et une boîte de nuit, en plein cœur de la station balnéaire de Kuta, centre du tourisme balinais, en 2002. Celui-ci avait été identifié comme l’artificier qui avait confectionné les bombes, du réseau Jemaah Islamiyah (JI). Ce drame avait fait 202 morts, dont 88 Australiens et 23 Britanniques.
Près de dix ans après les faits, et à la suite de plus de quatre mois d’audience, Umar Patek avait été jugé et condamné à vingt ans de prison par le tribunal de Jakarta-Ouest. Il avait surpris en demandant « pardon » aux familles des victimes. « Je regrette ce qui est arrivé car j’étais contre depuis le début », avait-il déclaré. Il ajoute n’avoir « jamais été d’accord avec les méthodes » des autres auteurs de l’attentat, qui, par ailleurs, avaient été exécutés, tués par la police ou emprisonnés.
«Je ne fais plus de bombes, je fais du café»
« J’ai changé maintenant », a-t-il déclaré à la foule qui s’était rassemblée au café Hedon Estate pour le lancement de sa marque de café baptisée Ramu (un anagramme de son propre prénom). L’emballage comporte des photos de son visage barbu. « Je ne veux pas revenir sur le passé », a-t-il déclaré, « je regarde vers l’avenir. Je ne fais plus de bombes, je fais du café ».
Umar Patek était sorti de prison en 2022, après une réduction de sa peine de 20 ans d’emprisonnement. Depuis, il tente de construire une nouvelle vie en commercialisant un mélange de café épicé, une reprise du café de sa mère. Ce serait une initiative qu’il dit faire partie de sa mission pour aider à déradicaliser les terroristes.
C’est «une forme de déradicalisation»
L’artificier avoue avoir été changé lors de sa rencontre avec David Andreasmita, dentier et homme d’affaires, en 2023. Ce dernier est propriétaire de son café à Surabaya. « J’ai toujours aimé aider les gens. (Et je savais que) si je laissais Umar en liberté, il serait très possible qu’il redevienne un terroriste (…) Je suis chrétien et il est musulman, mais nous pouvons plaisanter ensemble. Umar me considère même comme son mentor », a-t-il annoncé. « Ce commerce de café est une forme de déradicalisation ».
L’évènement de mardi a attiré des hommes politiques locaux et nationaux, ainsi que l’ancien chef de l’agence indonésienne de lutte contre le terrorisme, Marthinus Hukom. Certains ont salué ses efforts pour changer de vie. Mais pour les survivants et les familles des victimes, la rédemption n’est pas facile. Husnul Khotimah, une victime indonésienne, a annoncé « avoir du mal à pardonner Umar et ses amis, compte tenu de mes souffrances et de mes luttes passées ». L’artificier s’est engagé à reverser une partie de ses bénéfices pour soutenir les survivants des attentats.
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