REVUE DE PRESSE – En pleine guerre commerciale, la visite de la présidente du Conseil italien aux États-Unis a notamment pour objectif de faciliter l’organisation d’une rencontre entre Ursula von der Leyen et le président républicain.
La rencontre est scrutée avec attention en Europe. Les avancées qui en sortiront – si avancées il y a – le sauront davantage. Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, rencontre Donald Trump ce jeudi 17 mars en fin d’après-midi, faisant d’elle le premier dirigeant européen à rencontrer le président américain depuis la déclaration de guerre aux tarifs douaniers décrétés par la Maison-Blanche le 2 avril.
«Giorgia Meloni évoquera les droits de douane sur le gaz et les dépenses d’armement pour convaincre Donald Trump de négocier», écrit en manchette sur sa Une Il Tempo. «[Elle] débarque à Washington avec une valise pleine de prudence et de thèmes soigneusement convenus tant au sein du gouvernement qu’avec la Commission européenne», peut-on lire sur le site du quotidien romain social-démocrate, qui estime que la présidente du Conseil, qui n’a pas reçu de mandat de l’Union européenne pour négocier avec Donald Trump, pourra toutefois agir «comme médiatrice» entre l’UE et les États-Unis. «Avec d’excellentes chances» de réussir, «étant donné la faveur dont elle jouit auprès» du président républicain. Le Washington Post ne la surnomme pas «l’Européenne qui chuchote à l’oreille de Donald Trump» pour rien.
«Éviter une fracture irréparable»
L’Italienne, ajoute La Stampa, tentera également de «faciliter» l’organisation d’une rencontre entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, que le POTUS refuse de recevoir ou même de prendre au téléphone. «C’est la troisième fois que Giorgia Meloni s’assoit dans le bureau ovale, mais c’est comme si c’était la première. Une première absolue, parce que – cela va sans dire – elle croise des intérêts mondiaux et pas seulement bilatéraux», peut-on lire sur le site du principal journal de Turin, qui rappelle les «affinités idéologiques» entre les deux dirigeants.
Giorgia Meloni fut, par exemple, le seul chef d’État ou de gouvernement européen invité à l’investiture de Donald Trump en janvier dernier. «Peu de dirigeants européens font meilleur émissaire auprès de la cour du président Donald Trump (…) qui l’a décrite comme une “femme merveilleuse”, ajoute le Washington Post . Les deux dirigeants sont d’accord sur la répression des migrants (…), tous deux s’en prennent aux juges qui ne statuent pas en leur
en leur faveur. Giorgia Meloni a également été l’un des rares dirigeants européens à défendre le vice-président JD Vance après son discours controversé à Munich, dans lequel il a critiqué la politique de l’UE en matière d’immigration.»
Mais, tempère le Corriere Della Sera, «l’idée d’un sommet entre les États-Unis et la Commission européenne pour éviter une fracture irréparable dans l’alliance peut sembler une mission impossible, compte tenu de la fermeté avec laquelle Washington a jusqu’à présent rejeté la demande européenne d’éliminer les barrières réciproques».
«Ne s’aliéner ni Bruxelles ni Washington»
Une prophétie reprise par le New York Times. «Giorgia Meloni veille à ne s’aliéner ni Bruxelles ni Washington, et un rôle d’interlocuteur européen n’aura probablement pas beaucoup de poids, peut-on lire dans les colonnes du quotidien. Pour les soutiens de Madame Meloni, c’est une occasion en or. Pour d’autres, c’est un test important pour savoir si elle peut utiliser son affinité avec Monsieur Trump pour aider l’Italie et l’Europe.» «La question est maintenant de savoir si Giorgia Meloni peut vraiment être le pont vers Trump qu’elle prétend être», conclut le Washington Post. Pression ? «Je n’en ressens aucune, comme vous pouvez l’imaginer», a ironiquement répondu l’intéressée à la presse italienne.
Pour elle, ajoute le quotidien de la capitale, l’enjeu de cette visite est de taille. «Giorgia Meloni risque son capital politique en Europe et dans son pays. Si elle revient les mains vides, l’idée qu’elle a les faveurs de Trump pourrait commencer à s’effondrer. Si elle sort de la réunion avec des avantages pour l’Italie, plutôt que pour l’ensemble des 27 pays de l’UE – comme l’ont demandé certains membres de sa coalition de droite – elle risque de diviser le bloc à un moment où l’unité est considérée comme essentielle pour faire face à la guerre commerciale de Washington.»
Xi Jinping, «l’éléphant» dans le Bureau ovale
Et le Corriere Della Sera d’ajouter : «Pourtant, des sources gouvernementales autorisées n’excluent pas que Trump (…) puisse accepter une confrontation bilatérale avec Bruxelles. Objectif géostratégique : convaincre les dirigeants de l’UE de refroidir les relations avec la Chine.» Car, ajoute le quotidien milanais, Xi Jinping «sera l’éléphant métaphorique dans le Bureau ovale» : Donald Trump pourrait effectivement se montrer plus conciliant avec l’UE si cette dernière renonçait à se rapprocher de Pékin.
Au-delà des sujets économiques, ajoute La Stampa, Giorgia Meloni devrait aborder avec Donald Trump «son idée d’accorder à Kiev un bouclier militaire sur le modèle de l’article 5 de l’Otan». Giorgia Meloni évoquera enfin «certainement» avec le locataire de la Maison-Blanche «d’autres dossiers plus strictement italiens», ajoute Il Tempo. Cela ira de la poussée vers le «Buy American» à l’internationalisation de la production des entreprises italiennes aux États-Unis en passant par la promesse de dépenser davantage pour la défense – une demande… américaine.
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