États-Unis : la guerre entre Donald Trump et Harvard en cinq actes

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Jeudi, le conflit entre l’administration républicaine et la prestigieuse université a franchi un nouveau palier après que le gouvernement a retiré le droit à l’institution d’accueillir des étudiants étrangers.

Le conflit idéologique et budgétaire opposant Donald Trump à la prestigieuse université Harvard a franchi un nouveau palier ce jeudi 22 mai. Jeudi, l’administration du président républicain a annoncé qu’elle retirait à l’institution située à Cambridge (Massachusetts) et fondée en 1636 le droit d’accueillir des étudiants étrangers.

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier dernier, l’ancien magnat de l’immobilier a lancé une importante offensive contre l’enseignement supérieur aux États-Unis, à ses yeux temple de l’extrême gauche et du progressisme. Il accuse notamment les universités privées les plus prestigieuses, comme Harvard et Columbia, toutes deux membres de l’Ivy League, d’avoir laissé prospérer l’antisémitisme et de ne pas avoir suffisamment protégé les étudiants juifs pendant les manifestations qui ont eu lieu sur les campus contre la guerre d’Israël à Gaza, lancée après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023. Retour en cinq actes sur cette guerre entre Donald Trump et la plus ancienne et plus puissante université américaine – qui tente de résister cahin-caha.

ACTE 1 – 10 mars : le ministère de l’Éducation étudie des allégations d’antisémitisme sur le campus 

Comme 59 autres universités, Harvard fait partie des campus avertis par le Bureau des droits civils du ministère de l’Éducation qu’ils font l’objet d’une enquête pour «discrimination et harcèlement antisémites». «Des lettres mettent en garde contre d’éventuelles mesures d’application si les institutions ne remplissent pas leurs obligations en vertu (…) de la loi sur les droits civils pour protéger les étudiants juifs sur le campus», explique un communiqué de presse du ministère.

ACTE 2 – 11 avril : mise en demeure de l’administration et liste des exigences

Ce même groupe de travail adresse à Harvard une lettre électronique de mise en demeure. Cette dernière liste dix exigences allant de l’interdiction d’admettre en son sein des «étudiants hostiles aux valeurs américaines» à la réalisation d’un audit de l’idéologie politique des étudiants et du corps enseignant. Trois jours plus tard, des sources proches du dossier affirmeront à la presse américaine que cette missive, dont le contenu est authentique, a été envoyée par erreur…

ACTE 3 – 14 avril : Harvard tient tête à Donald Trump… qui gèle 2,2 milliards de dollars de subventions de recherche pluriannuelle

Trois jours après la mise en demeure, les avocats du prestigieux établissement sis dans l’agglomération de Boston répondent dans un courrier (lire ci-dessous en version française) que «l’université ne renoncera pas à son indépendance» . «Ni Harvard, ni aucune autre université privée ne peut se soumettre à un contrôle du gouvernement fédéral», est-il possible de lire en conclusion de la missive, qui rappelle le combat de l’université contre «l’antisémitisme et la discrimination, quelle qu’en soit la forme».

Les conseils de l’université déplorent dans cette lettre les «demandes» de l’administration qui, «en violation du premier amendement, empiètent sur les libertés universitaires reconnues de longue date par la Cour suprême». Enfin, l’université se défend en affirmant avoir, «au cours de ces quinze derniers mois», avoir pris des mesures «politiques et programmatiques importantes».

Face à cette fin de non-recevoir, Donald Trump annonce le gel de 2,2 milliards de dollars de subventions à l’université. «La Task Force conjointe de lutte contre l’antisémitisme annonce le gel de 2,2 milliards de dollars de subventions sur plusieurs années», détaille un communiqué du ministère de l’Éducation américain, ainsi que celui de «contrats pluriannuels d’une valeur de 60 millions de dollars». Ces fonds proviennent principalement de la National Institutes of Health, la principale agence pour la recherche biomédicale et de santé publique.

ACTE 4 – 13 mai : l’administration Trump retire 450 millions de dollars de subventions de plus à Harvard

Le groupe de travail sur l’antisémitisme de l’administration républicaine annonce que huit agences fédérales avaient «résilié environ 450 millions de dollars en subventions (supplémentaires)». Le communiqué accuse l’université «d’avoir échoué» dans sa lutte contre «l’intimidation antisémite» sur son campus.

Cette nouvelle attaque contre Harvard intervient au lendemain d’une lettre de la direction de l’université à la ministre de l’Éducation, visant à rétablir le dialogue sur la base «commune» comme la lutte à l’antisémitisme et la défense de «la liberté de pensée et d’expression». L’enquête est en cours.

ACTE 5 – 22 mai : l’administration retire à Harvard le droit d’accueillir des étudiants étrangers

Le gouvernement annonce qu’elle retire le droit d’accueillir des étudiants étrangers à l’université. «La certification du programme SEVIS (Student and Exchange Visitor) de l’université Harvard est révoquée avec effet immédiat», a écrit la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem dans une lettre adressée à l’université. Ce programme est le principal système par lequel les étudiants étrangers sont autorisés à étudier aux États-Unis.

Myriade d’autres attaques

En plus de ces cinq actes majeurs, l’administration Trump a mené une myriade d’autres attaques contre Harvard. D’abord en lançant des enquêtes : sur les pratiques d’embauche de l’institution en réaction à l’augmentation des embauches de personnes s’identifiant comme non-binaires et la diminution du nombre d’hommes blancs occupant des postes permanents (25 avril) ; sur la revue de droit de l’université après des «signalements de discrimination raciale» (28 avril) ; sur de prétendues discriminations raciales à l’admission des candidats (2 mai). Courant avril, Harvard avait de même été accusée de ne pas avoir déclaré des dons étrangers au gouvernement fédéral.

En coupant dans ses subventions, ensuite. Le 5 mai, l’université est informée qu’elle ne serait pas éligible à aucune nouvelle subvention fédérale. «Cette lettre a pour but de vous informer que Harvard ne devrait plus solliciter de subventions du gouvernement fédéral, car aucune ne sera accordée», écrit Linda McMahon. Le 19 mai, le ministère de la Santé annonce une nouvelle coupe de 60 millions de dollars de subvention destinée aux recherches liées aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, le CDC.

De son côté, l’université a porté plainte le 21 avril contre l’administration Trump devant un tribunal fédéral du Massachusetts après le gel de ses subventions. «Cette affaire concerne les efforts déployés par le gouvernement pour utiliser le gel de subventions fédérales comme un moyen de prendre le contrôle des décisions académiques à Harvard», fait savoir Harvard. «Les actes du gouvernement empiètent non seulement sur le Premier amendement (de la constitution qui garantit la liberté d’expression, NDLR) mais aussi les lois et réglementations fédérales», peut-on lire dans ce document, qui qualifie la décision gouvernementale «d’arbitraire».

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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