En Géorgie, des figures de l’opposition proeuropéenne condamnées à la prison

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Dans un climat de crispation politique croissante, la justice géorgienne frappe durement les opposants au pouvoir, accusés d’avoir refusé de coopérer avec une commission parlementaire.

La justice géorgienne a condamné mardi Giorgi Varshadze, chef du parti Strategy Builder, à sept mois de prison ferme. Il lui est reproché d’avoir refusé de témoigner devant une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la présidence de Mikheil Saakachvili (2004-2012), aujourd’hui incarcéré. Comme trois autres opposants condamnés cette semaine, Vashadze se voit également condamné à une inéligibilité de deux ans. L’homme politique, âgé de 43 ans, avait déclaré avant le verdict, selon un média local : « Nous nous battons pour la libération de la Géorgie. Le principal est de rester unis ; mon emprisonnement n’est rien. »

Cette décision intervient alors que, selon l’ex-présidente de la Géorgie Salomé Zourabichvili, auditionnée le 17 juin par la Commission des affaires étrangères et européennes du Sénat, « une commission spéciale d’enquête a été ouverte au Parlement […] censée juger des crimes du parlement précédent », une structure qu’elle qualifie d’instrument de répression politique et démocratique dissimulé. Elle précise que « pratiquement tout le monde peut [y] être convoqué » et que le refus de répondre entraîne des amendes exorbitantes, voire une incarcération directe.

«La répression de l’opposition en Géorgie, avec l’arrestation et la condamnation de Zurab Japaridze, Nika Melia, Nika Gvaramia, Mamuka Khazaradze, Badri Japaridze et Giorgi Vashadze est inacceptable. La France condamne la dérive autoritaire du Rêve géorgien, après des élections ni libres ni équitables en 2024,» a déclaré sur X le ministre délégué français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad.

Virage autoritaire

La situation politique en Géorgie est déjà marquée par une forte polarisation. Les législatives d’octobre 2024 ont été remportées par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, mais les principaux partis d’opposition ont dénoncé des fraudes massives et refusé le verdict des urnes. Dans sa résolution de février 2025, le Parlement européen note que les élections n’ont pas « reflété la volonté du peuple » et que le parlement issu de ce vote est « dépourvu de toute légitimité démocratique ». De grandes manifestations pro-européennes ont suivi cette élection controversée, exigeant un nouveau scrutin.

En novembre, en réponse à un vote du Parlement européen mentionnant des « irrégularités significatives », le gouvernement a annoncé la suspension sine die des négociations d’adhésion à l’Union Européenne « jusqu’en 2028 ».

Lors de son audition au Sénat français, Zourabichvili a rappelé que cette décision contrevenait directement à l’article 78 de la Constitution géorgienne, qui impose aux institutions de « promouvoir l’intégration européenne ». « Ce n’est pas une simple crise interne, […] c’est une stratégie que mène la Russie en Géorgie », a-t-elle affirmé devant les sénateurs. Elle évoque une dérive plus brutale et rapide encore que celle observée en Russie dans les années 2000, caractérisée par une série de lois adoptées sans débat, une répression systématique des ONG et une criminalisation de la dissidence en ligne.

L’oligarque Bidzina Ivanichvili, homme fort du régime et fondateur du parti au pouvoir, s’est engagé à interdire à terme les partis d’opposition tout en resserrant les liens avec la Russie, attisant les critiques d’une influence prorusse croissante.

Au cœur de la répression judiciaire, une commission parlementaire spéciale enquête depuis avril 2025 sur les affaires politico-financières sous l’ancien président Mikhaïl Saakashvili. Plusieurs leaders de l’opposition, appartenant à des partis pro-européens, ont refusé de se présenter à ces 
auditions, dénonçant le caractère inique de cette procédure. Les tribunaux géorgiens ont alors condamné ces opposants pour « refus de témoigner » devant le Parlement.

Mobilisation affaiblie

Ces décisions judiciaires font suite aux manifestations qui ont émaillé la fin de l’année 2024. Elles s’ajoutent à celles d’une soixantaine d’activistes encore en détention préventive, parfois depuis plus de six mois, pour avoir participé à des manifestations. Les manifestations pro-UE, quant à elles, se poursuivent : elles se tiennent chaque nuit à Tbilissi depuis plus de 200 jours, même si leur ampleur a diminué récemment.

« Les réseaux sociaux sont désormais surveillés, les critiques en ligne sont passibles d’amendes ou de détention administrative », a alerté Salomé Zourabichvili devant le Sénat. Les lois adoptées en quelques heures sans consultation publique visent désormais l’ensemble du tissu associatif, y compris les organisations sociales, éducatives et médicales. Une chaîne de télévision indépendante, Mtavari Arkhi, a été fermée en mai, et les partis d’opposition dénoncent des tentatives d’interdiction pure et simple.

Sur le plan international, la Géorgie s’éloigne de l’Europe et multiplie les rapprochements avec des régimes autoritaires. Selon Zourabichvili, des négociations secrètes sont en cours avec la Chine sur le contrôle d’infrastructures stratégiques, notamment un deuxième aéroport militaire et des installations sur la mer Noire. Le pays se rapproche également de l’Iran, au détriment de ses engagements occidentaux. « La Géorgie d’aujourd’hui [renoue] avec la dépendance énergétique et commerciale vis-à-vis de Moscou », au mépris de trente ans de rapprochement euroatlantique , déplore l’ancienne présidente.

Toutefois, d’après Zourabichvili, « depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, dans tous les sondages d’opinion, 80% de la population se dit vouloir satisfaire cette aspiration européenne et reste fidèle à cette aspiration européenne ».

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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