Corée du Sud : révolte d’étudiantes contre la mixité dans les universités réservées aux femmes

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Depuis le 11 novembre, des étudiantes protestent contre l’admission d’hommes au sein des 14 universités sud-coréennes exclusivement féminines. Cette défense de la non-mixité intervient dans un pays aux inégalités de genres très importantes.

«Plutôt périr qu’ouvrir nos portes». Depuis presque trois semaines, la colère gronde parmi les étudiantes sud-coréennes. Manifestations et blocus sont tenus pour protester contre l’admission d’hommes au sein des universités exclusivement féminines, au nombre de 14 dans le pays. Les principales protestataires qui font connaître leur rage à l’international sont les étudiantes de la faculté de Dongdeok, située dans la capitale. Depuis le 11 novembre, celles-ci occupent le bâtiment principal et plusieurs salles de classe sur le campus, ce qui a obligé la direction à faire cours en ligne. Mais d’où provient une telle défiance ?

Le 7 novembre, des étudiantes apprennent que l’université exclusivement féminine de Dongdeok envisage d’ouvrir les inscriptions aux jeunes hommes dans leurs programmes de design et d’arts du spectacle. Cette décision est justifiée par le fait que la population coréenne diminue chaque année, et que l’inscription d’hommes au sein de cette faculté lui permettrait de survivre. Le lendemain, les étudiantes créent un mouvement protestataire et trois jours plus tard, bloque leur campus. «La décision unilatérale de l’université, prise sans aucune consultation des étudiantes qui étudient et vivent ici, ne nous a laissé d’autre choix que de faire entendre notre voix», affirme une membre du conseil étudiant de Dongdeok, s’exprimant sous couvert d’anonymat pour le quotidien britannique The Guardian .

D’importants dégâts

D’autres universités comme celle de Sungshin ont également été barricadées. Cho Sohyun, une étudiante de 23 ans, a exprimé sa colère au journal La Croix : «Nous n’avons pas été prévenues, l’université n’a pas communiqué ce changement alors que c’est extrêmement important pour nous. Beaucoup d’étudiantes s’inscrivent ici, car justement, c’est une université pour femmes. C’est antidémocratique, nous voulons que l’administration vienne en discuter avec nous».

Les murs et sols du campus de Dongdeok ont dès lors été fortement endommagés et le 15 novembre, la faculté a promis de répondre avec force, estimant que les dégâts s’élevaient à 5,4 milliards de wons (3,7 millions d’euros). Le 20 novembre, un vote organisé par le conseil étudiant a réuni 1973 des 6500 étudiantes et démontré, une fois de plus, la forte opposition à l’instauration de cursus mixtes. Sur les 1973 étudiantes présentes pour le scrutin, 1971 ont voté contre la mixité, aucune n’a voté pour et deux se sont abstenues.

Reprise partielle des cours

Le lendemain, un accord partiel entre le conseil étudiant et la direction a permis aux cours de reprendre, après que l’université a accepté de suspendre temporairement les discussions sur la mixité. Or, une réunion entre les dirigeantes étudiantes et l’administration de l’université le 25 novembre se serait terminée sans résolution, les premières refusant de mettre fin à leur occupation du campus sans un retrait complet des plans de mixité. La présidente de l’université, Kim Myung-ae, a alors mis en garde contre ce qu’elle décrit comme des «manifestations illégales qui ont violé les droits à l’éducation».

Après un vote massif la semaine dernière en faveur d’une poursuite des manifestations, Choi Hyun-ah, présidente du conseil étudiant, a rappelé que le règlement scolaire de Dongdeok dispose que «le but (de la faculté) est de former des professionnelles féminines intelligentes et vertueuses». «L’existence des universités pour femmes vise à faire progresser les droits des femmes en matière d’éducation. Une transition vers la mixité signifierait que nous n’avons plus aucune raison d’exister».

Peur de violences

Yoonkyeong Nah, professeur d’anthropologie culturelle cité par The Guardian, affirme que «les manifestations reflètent le sentiment d’insécurité des jeunes femmes coréennes dans les espaces publics». Il rappelle le contexte très tendu de harcèlement et crimes sexuels numériques, avec notamment une épidémie de pornographie “deepfake”. «Bien que fournir des espaces sûrs ne soit pas l’objectif premier des universités pour femmes, les étudiantes protestent pour maintenir ce qu’elles considèrent comme un environnement d’apprentissage sûr». Cela révèle «des problèmes plus larges dans la société coréenne» pour le professeur.

Ces universités réservées aux femmes ont été créées au début du 20e siècle, pour permettre aux femmes d’accéder à un enseignement supérieur dans une société strictement patriarcale. Aujourd’hui encore, ces institutions sont considérées comme essentielles pour la formation de talents féminins et une promesse d’avenir dans un pays qui reste largement dominé par les hommes. La Corée du Sud se classe en effet 94e sur 146 pays en matière d’égalité des sexes, selon le Forum économique mondial.

De violentes réactions

Au fil des semaines, le conflit est devenu un champ de bataille politique. Han Dong-hoon, chef du parti conservateur au pouvoir, a déclaré dans un post sur Facebook que les «instigatrices d’incidents violents» devaient être tenues responsables des dommages matériels, tandis que Lee Jun-seok, éminent législateur qui s’est fréquemment attaqué à des groupes de femmes, a qualifié, sur le même réseau social, les manifestations d’«inciviles». En réponse, les politiciens de l’opposition ont accusé les conservateurs d’utiliser ces manifestations comme une arme pour détourner l’attention de leurs propres problèmes politiques.

Un déferlement de haine a également eu lieu en ligne, où des groupes antiféministes ont divulgué les informations personnelles de plusieurs étudiantes et même publié des menaces de mort. Le directeur d’une agence publique de ressources humaines a même suggéré de filtrer les diplômés de l’université de Dongdeok lors des recrutements et a déclaré qu’il «n’accepterait jamais» d’avoir une belle-fille de l’institution. En attendant les blocus risquent d’être perturbés par la neige, qui a recouvert Séoul et battu les records de chute depuis le début des relevés il y a plus d’un siècle.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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