Quelques heures après la chute du régime de Bachar Al-Assad, des milliers de membres de la diaspora syrienne se sont spontanément rassemblés dans les rues en Allemagne, en Autriche, en Grèce, dimanche 8 décembre, pour célébrer ce que nombre d’entre eux nomment déjà « la fin de la guerre ». En Allemagne, où vivent près d’un million de Syriens, soit la population syrienne la plus importante hors des pays frontaliers, des rassemblements ont été organisés dans plusieurs grandes villes.
Les klaxons, les cris de joie et les pétards ont résonné une partie de l’après-midi à Berlin, dans le quartier métissé de Kreuzberg, où quelque 5 000 personnes se sont retrouvées sur la Oranienplatz – familles, enfants au visage peint des couleurs du drapeau syrien, militants, sympathisants, berlinois issus d’autres communautés.
« Cinquante ans de dictature ! c’est fini ! », s’enthousiasme un père de famille de 32 ans arrivé d’Alep il y a neuf ans, venu avec sa femme et son bébé. « Nous voulons aider à reconstruire la Syrie, affirme Mohammed Urfa, 27 ans, l’un des rares à accepter de donner son nom. Nous avons étudié ici, travaillé, nous voulons apporter la démocratie en Syrie. » Sa famille vient d’un village du Golan, au sud du pays mais ses parents, pharmacien et économiste, n’ont jamais pu travailler en Allemagne faute d’avoir pu faire reconnaître leurs diplômes. Toutefois, comme beaucoup d’autres ici, Mohammed Urfa n’imagine toutefois pas repartir à court terme.
« Je veux aider, mais j’ai aussi un devoir vis-à-vis de l’Allemagne qui m’a accueilli et formé », dit de son côté Mohammed, 30 ans, venu avec son père de 75 ans. Arrivé de Damas en 2018, il évoque « Mama Merkel » dont la photo était, dit-il, affichée à Idlib. « Nous voulons que toutes les communautés puissent vivre ensemble, les Alaouites, les Kurdes, les chrétiens, les Druzes… on n’est pas des islamistes ! », assure Ali, 24 ans, dont la mère, Maysoun Berkdar, est une figure militante outre-Rhin, où elle avait reçu des menaces.
A Vienne, des portraits du dictateur piétinés par les manifestants
A Vienne aussi, plus de 10 000 Syriens émus sont descendus spontanément dans les rues, dimanche. « On n’a pas vu nos familles depuis dix ans et on va pouvoir enfin retourner les voir », lâchait une femme en pleurs après être tombée dans les bras d’une proche.
Depuis 2015, la capitale autrichienne a accueilli plus de 40 000 réfugiés syriens, dont une bonne partie a veillé sur les réseaux sociaux pour suivre la situation en direct à Damas avant de se retrouver sur le Ring, le grand boulevard entourant le centre historique de Vienne, brandissant des drapeaux de la révolution syrienne mêlés à des drapeaux autrichiens. Dimanche matin, des employés de l’ambassade de Syrie en Autriche ont même été vus en train de jeter par les fenêtres du bâtiment des portraits du dictateur, piétinés par les manifestants.
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