Au Salvador, l’affaire du massacre des prêtres jésuites de retour devant les juges

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Le Salvador va-t-il réussir à asseoir sur le banc des accusés les commanditaires d’un massacre, en 1989, de huit personnes, dont cinq prêtres espagnols ? Lors de l’ouverture de l’audience, lundi 18 novembre, six des onze accusés étaient absents, dont le plus célèbre d’entre eux, l’ancien président Alfredo Cristiani (1989-1994), toujours en fuite, et contre lequel la justice salvadorienne a lancé un mandat d’arrêt en mars 2022. Le juge a dû expédier cinq ordres d’arrestation pour remplir les bancs d’un procès dont personne ne s’avance à prédire l’issue, bien qu’il existe déjà de nombreuses preuves de l’implication des onze accusés.

A l’époque, ce crime, qui s’était déroulé dans les jardins de l’Université centraméricaine (UCA) à San Salvador, avait horrifié le Salvador et le monde. Le 16 novembre 1989, une domestique, sa fille de 15 ans et six prêtres jésuites avaient été réveillés en pleine nuit et emmenés sur les pelouses pour être exécutés de rafales de mitraillette : une mise en scène, au cœur de l’institution jésuite et l’université la plus prestigieuse du pays, destinée à faire taire les dissidents.

« Un refuge de subversifs »

Ces religieux, partisans de la théologie de la libération, d’inspiration marxiste, prônaient le dialogue et la réconciliation pour mettre fin à la guerre civile (1980-1992) qui a produit, en douze années de conflit, près de 75 000 morts et disparus, et des centaines de milliers de réfugiés. L’extrême droite alors au pouvoir (le parti Arena) et les militaires qui combattaient la guérilla du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) voyaient dans le centre pastoral de l’université « un refuge de subversifs » et dans leurs appels à la trêve un moyen pour la guérilla de reconstituer ses troupes.

Lors du procès de cette affaire en Espagne en 2020, la justice avait mis en évidence la perception que les militaires avaient des religieux. L’unique condamné, l’ancien vice-ministre du Salvador chargé de la sécurité, le colonel Inocente Orlando Montano, avait été extradé des Etats-Unis vers l’Espagne, où il purge toujours une peine de cent trente-trois ans de prison. Pour ce colonel, le père basque Ignacio Ellacuria, recteur de l’UCA et cible principale de l’opération, était un terroriste.

Au Salvador, un haut gradé avait également été jugé pour ce massacre, en 1991. Guillermo Alfredo Benavides Moreno, colonel de l’armée qui dirigeait alors l’école militaire, avait été condamné à une peine de trente ans d’emprisonnement, mais il avait été libéré quatorze mois plus tard bénéficiant de l’adoption d’une amnistie générale en 1993. Il a été de nouveau capturé en 2016, lorsque cette amnistie avait été déclarée inconstitutionnelle, et purge, depuis lors, sa peine à San Salvador.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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