Questions d'environnement – Restera-t-il des chênes dans cinquante ans?

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L’un des arbres les plus répandus en Europe (et dans tout l’hémisphère nord) est-il armé face au réchauffement climatique ? Quinze millions d’années d’évolution lui confèrent quelques atouts. 

Il est le roi des forêts européennes, l’un des arbres qu’à peu près tout le monde est capable d’identifier. On a toujours un chêne près de chez soi. « Un jour je me suis amusé à estimer le nombre de chênes en France, et on arrive à plusieurs milliards, en y incluant les petits semis évidemment, explique Antoine Kremer, directeur de recherche émérite à Biogeco à l’université de Bordeaux, spécialiste de l’évolution des arbres et en particulier du chêne. Vous n’êtes jamais très loin d’un chêne si vous êtes en France, à moins de quelques kilomètres, mis à part si vous êtes en haute altitude. Et c’est vrai aussi en Europe. On ne s’en rend pas compte mais c’est quelque chose qui nous est très proche ».

Face au réchauffement climatique, ce monument forestier a quelques atouts. D’abord, le chêne est l’un des arbres à la plus grande diversité génétique, rendue possible par les échanges entre individus, grâce au pollen, et même entre espèces – rien qu’en Europe on compte une trentaine d’espèces de chêne. Et la diversité génétique, c’est un grand avantage. « Quand il y a une crise environnementale, si tout le monde est pareil génétiquement dans une population, la probabilité est forte que cette population s’éteigne. En revanche, si vous avez une forte diversité, la probabilité pour qu’au sein de cette population il y ait des individus qui résistent est beaucoup plus élevée. Cette diversité est une espèce d’assurance vis-à-vis de l’avenir », souligne Antoine Kremer.

La lutte pour la vie 

La force du chêne, c’est donc son nombre, et son âge aussi. Le chêne a 15 millions d’années, autant dire qu’il a vu passer des changements climatiques, des alternances de froid et de chaud. Les plus résilients ont survécu et se sont répandus, par la sélection naturelle. « En fait il a fait le yoyo en termes de migrations, raconte Antoine Kremer. Quand il faisait chaud, il est resté présent dans toute l’Europe tempérée, mais quand il faisait froid, quand la moitié de l’Europe était couverte de glaciers, les chênes se sont retrouvés dans le sud de l’Europe. Et dès que le climat s’est réchauffé, ils ont migré vers le nord. C’était la lutte pour la vie, en quelque sorte. C’est celui qui colonisait le plus vite qui s’en est sorti à chaque fois ».

Les arbres migrent, ce qui peut sembler paradoxal puisque ce qui différencie les plantes des animaux, c’est leur incapacité à bouger, à fuir un danger… Mais les arbres ont quelques alliés pour transporter leurs graines, les glands en l’occurrence : des oiseaux, des mammifères, les rivières et mêmes les humains qui se nourrissaient de glands. Cette migration est encore à l’œuvre aujourd’hui. On voit par exemple le chêne vert, présent en Méditerranée, se déplacer vers le nord. On le retrouve aussi le long de la côte Atlantique « mais juste sur deux ou trois kilomètres le long de la côte, où un microclimat lui permet de se maintenir. Quand vous regardez dans ces forêts-là, il migre vers l’intérieur, vers l’est, de manière assez vigoureuse. Parmi les espèces qui sont appelées à se développer numériquement dans le contexte du changement climatique, à cause de leur meilleure adaptation à la sécheresse, il y a notamment le chêne vert, et également le pin maritime »Le problème, c’est que la vitesse du réchauffement climatique actuel, le seul provoqué par l’homme, est beaucoup plus rapide que la vitesse de migration du chêne. Des arbres disparaîtront, mais le chêne sera toujours là. Il y aura toujours des forêts, mais sûrement moins dans le sud… 

Source du contenu: www.rfi.fr

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