Questions d'environnement – Malgré la pollution, pourquoi le charbon continue de battre des records ?

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Le charbon première énergie fossile utilisée à grande échelle a permis la Révolution industrielle. Sa consommation reste en augmentation constante aujourd’hui, malgré la pollution et les problèmes de santé.

Un enterrement en grande pompe ? Au sommet pour la sortie des énergies fossiles, qui se termine aujourd’hui à Santa Marta en Colombie, la France vient d’annoncer sa volonté d’en finir avec le charbon dès 2030. Une position très minoritaire dans un paysage mondial toujours plus carboné. Jamais on n’a consommé autant de charbon sur la planète : près de 9 milliards de tonnes en 2025. La Chine, à elle seule, représente plus de la moitié de la consommation mondiale. Le charbon bat tous les records d’années en années. Pas mal pour une énergie… très XIXe siècle.

C’est avec la Révolution industrielle que le charbon explose et s’impose comme une énergie révolutionnaire, un siècle avant le pétrole. Le charbon alimente d’abord la machine à vapeur et permet un bouleversement majeur de l’économie. Les grandes cheminées qui recrachent dans le ciel une fumée noire sont alors le symbole d’un progrès inédit. 

Le charbon est partout

Un succès jamais démenti. En Europe par exemple, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est créée la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), l’ancêtre de l’Union européenne. Il faut du charbon pour faire de l’acier. La reconstruction d’un continent ravagé par la guerre passe par le charbon. « La découverte de nouvelles sources d’énergie ne saurait arrêter l’exploitation de cette richesse, affirmaient les actualités françaises de l’époque, en 1953, en noir et blanc, et même très noir, sur un ton à peine dithyrambique. Il convient donc de poursuivre et de développer encore les efforts entrepris pour moderniser les mines françaises. »

Le succès du charbon est planétaire, parce qu’il n’est pas cher, facile à stocker et plus facile à extraire que le pétrole. Le charbon est aussi à l’abri des guerres et des aléas géopolitiques. La production de charbon n’est pas concentrée dans quelques pays comme le pétrole ; il y en a partout. Il connait même un regain d’intérêt avec le blocage du détroit d’Ormuz. Le charbon reste la première source d’électricité dans le monde, et on continue de construire de nouvelles centrales, en Ethiopie par exemple. Seule l’Europe fait aujourd’hui exception pour sa production électrique : en 2025, le charbon a été pour la première fois détrôné par les énergies renouvelables. Mais partout ailleurs, il va être aussi difficile d’en finir avec le charbon qu’avec le pétrole.

L’énergie la plus polluante

Les effets du charbon sur la santé humaine sont pourtant particulièrement graves. En Afrique du Sud, par exemple, où le charbon représente 80% de l’électricité, des ONG viennent de sonner l’alarme alors que le gouvernement a prolongé la durée de vie des centrales à charbon jusqu’en 2050 ; le pays risque 32 000 décès prématurés. Et ce n’est pas nouveau. « Notre terre est contaminée, notre eau est contaminée, il n’y a rien de bon ou sain dans notre environnement, témoignait Promise Mabilo, de l’ONG Vejma, au micro de Romain Chanson en 2021, à l’ombre d’une des plus grandes centrales à charbon du monde. J’ai vu tellement d’enfants souffrir… Quand je parle de ce problème, je deviens émotive, je n’arrive pas vraiment à encaisser. »

Le charbon est l’énergie la plus polluante, celle qui émet le plus de particules fines et de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Charbon, carbone, c’est la même racine. Le charbon représente près de la moitié des émissions de CO2 du secteur énergétique, contre « seulement » un tiers pour le pétrole. La pollution du charbon est légendaire – comme dans le film Qu’elle était verte ma vallée de John Huston. Pendant la révolution industrielle britannique, une espèce de papillon a même changé de couleur pour se camoufler. Ses ailes sont devenues noires pour se confondre avec l’écorce des bouleaux qui était noire de suie. 

Il y a malgré tout une mythologie du charbon, de la mine et de ses gueules noires, vies cassées, vies sacrifiées, pour le confort de tous les autres. Et ce n’est pas près de s’arrêter.

Source du contenu: www.rfi.fr

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