Alors que Washington maintient une pression forte sur Cuba, on s’intéresse ce matin à une petite révolution en marche sur l’île communiste : le boom de l’énergie solaire.
Des panneaux photovoltaïques installés sur les toits de certaines maisons ou de petites entreprises et des parcs solaires construits grâce à l’aide de la Chine. Voilà ce qui permet à certains habitants de survivre un peu mieux aux coupures de courant et aux pénuries de carburant.
« Tous ceux qui ont pu le faire ont installé des panneaux solaires ou ont importé de grandes batteries pour stocker l’énergie électrique », nous racontait il y a peu le porte-parole de la conférence des évêques cubains, Ariel Suárez. La presse internationale s’est aussi fait l’écho de l’ouverture récente de la première station de recharge solaire dans la ville de Santa Clara. Des habitants viennent y recharger leurs portables, leurs motos électriques, et même y brancher des autocuiseurs pour pouvoir faire à manger.
Du côté des chiffres, le groupe de réflexion britannique Ember a fait le calcul : à Cuba, les importations de panneaux solaires et de batteries depuis la Chine ont augmenté, en valeur, de plus de 1 800% entre 2020 et 2025. La Havane a signé un accord avec Pékin pour installer près d’une centaine de parcs solaires d’ici 2028, dont une cinquantaine a déjà ouvert. Le régime castriste assure qu’aujourd’hui 10% du mix énergétique de l’île vient des énergies renouvelables, contre 3% en 2024.
Et pour les plus optimistes, le blocus pétrolier total, appliqué par les États-Unis de Donald Trump depuis janvier, pourrait encore accélérer cette tendance.
Trop cher pour une population en grande difficulté
Mais toute la population de l’île ne bénéficie pas de ce boom du solaire, loin de là. C’est ce que nous ont écrit beaucoup de Cubains exilés ou sur place. Pour la grande majorité des habitants, installer des panneaux solaires est trop cher, même si les prix mondiaux des composants de panneaux photovoltaïques ont largement baissé grâce aux technologies chinoises. À Cuba, cela reste trop cher quand on peine à acheter de la nourriture, quand on est contraint de récupérer du vieux bois pour cuisiner.
L’immense majorité de la population passe donc de nombreuses soirées dans le noir et dans la chaleur tropicale faute d’électricité pour les climatiseurs. Et les déchets s’amoncellent dans les rues de La Havane, où les camions poubelles n’ont plus de carburant pour passer.
Un réseau électrique déficient
L’autre difficulté est la capacité du réseau électrique cubain à recevoir cette nouvelle énergie d’origine solaire. La crise énergétique que vit Cuba ne vient pas seulement du fait que Washington a provoqué la fin des ravitaillements en pétrole de la part des bateaux vénézuéliens et mexicains. Les centrales électriques et le réseau de distribution cubains souffrent de décennies de manque d’entretien. Résultat : toute l’énergie solaire captée ne peut pas être utilisée, explique Jorge Piñon, de l’Institut de l’énergie de l’Université du Texas, au micro de Yago Martín de la rédaction de RFI en espagnol : « À la télévision, le ministre de l’Énergie l’a dit clairement : entre 40 et 50% de l’énergie solaire est en réalité utilisée. Des 1 300 mégawatts de capacité, on utilise 580 mégawatts, poursuit l’économiste cubain. Et ça c’est aussi parce que Cuba n’a pas de système de stockage avancé par batteries. Et donc à partir de 17h environ, les parcs solaires ne fournissent plus le réseau. »
Avant même de faire sa révolution verte et de gagner son indépendance vis-à-vis du pétrole, Cuba aura besoin d’investissements considérables pour remettre à flot ses infrastructures et garantir un service d’électricité stable à ses concitoyens.
Source du contenu: www.rfi.fr
