Questions d'environnement – François Mitterrand, président socialiste, était-il aussi écologiste?

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Quarante-cinq ans après l’élection du premier président socialiste de la Ve République, le 10 mai 1981, quel est le bilan environnemental de ses deux septennats ?

L’homme a incontestablement marqué la France des années 1980 et 1990. François Mitterrand, élu le 10 mai 1981, il y a 45 ans, fut le premier président socialiste de la Ve République. Mais dans ce siècle finissant, avait-il déjà saisi les enjeux du siècle suivant, un siècle devenu brûlant ? Premier indice, dans un de ses derniers discours de campagne, prononcé à Grenoble, en avril 1981, quelques jours avant le premier tour, dans lequel il rappelle que « l’Homme fait partie de la nature ».

« Il ne faut pas laisser les choses aller, sans quoi notre oxygène, l’eau de nos rivières, la qualité de nos forêts, les équilibres naturels, nous-mêmes, dans la ville, à la campagne, où que nous soyons, nous serons emportés par le mal. Je veux dire que les socialistes ont besoin de définir une nouvelle philosophie de l’existence autour des nouveaux rapports entre l’Homme et la nature », s’exclame à la tribune le futur président. Tout y est, ou presque : la crise de la biodiversité, qu’on n’appelle pas comme ça encore. La crise climatique, elle, n’existe pas encore.

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Une écologie de la nature

François Mitterrand est l’homme de son époque, et de ses souvenirs d’enfance à la campagne. « J’étais habitué à avoir une campagne parsemée de haies, par exemple. Il y avait des haies partout. Les oiseaux venaient nicher dans ces herbes, etc. Bon, il n’y a plus de haies. Ça me surprend et j’ai tendance à dire : on a abîmé mon paysage », témoignait-il lors d’une interview sur France 3 réalisée à l’approche de la fin de son deuxième quinquennat, en 1993. L’écologie de François Mitterrand est d’abord une écologie de la nature. Il pointe alors, au début des années 1990, un problème qui s’aggrave encore aujourd’hui.

Au-delà des convictions, des discours, il y a l’action, et dans le bilan environnemental de François Mitterrand, on peut citer la loi Littoral, majeure, qui a interdit toute construction dans une bande de 100 mètres sur les côtes françaises, une loi portée par son Premier ministre de l’Environnement, Michel Crépeau, le maire de La Rochelle qui avait inventé les vélos en libre-service, 40 ans avant les Vélib’.

La sauvegarde de l’Antarctique

Il y a aussi la création de l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, dont l’actuel gouvernement veut remettre en cause l’indépendance. Sur le plan international, on peut signaler la création de l’Observatoire du Sahel et du Sahara, en proie aux sécheresses, ou son combat, gagné contre les États-Unis aux côtés du commandant Cousteau, pour protéger l’Antarctique de toute exploitation.

La question nucléaire, elle, symbolise parfaitement les ambiguïtés mitterrandiennes. Pour complaire aux écologistes, il promet pendant la campagne de 1981 d’arrêter la construction des centrales nucléaires. Promesse non tenue, ce qui permet à la France aujourd’hui de produire la majeure partie de son électricité décarbonée, mais ce qui a sans doute aussi freiné le développement des énergies renouvelables. 

L’attentat du Rainbow Warrior

Et puis il y a le nucléaire militaire, et l’attentat contre le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace, la première organisation environnementale à l’époque, venue s’opposer aux essais de Mururoa dans le Pacifique, en 1985. Le premier grand scandale des années Mitterrand. « Ce sont des agents de la DGSE qui ont coulé ce bateau, fut contraint d’avouer le Premier ministre Laurent Fabius quelques semaines après l’attentat. Ils ont agi sur ordre. » Et l’ordre venait de tout en haut.

Laurent Fabius demanda ensuite des comptes à François Mitterrand, comme le raconte son directeur de cabinet Louis Schweitzer dans un documentaire de France Télévisions : « Il lui a demandé les yeux dans les yeux : “Est-ce que vous avez autorisé cela ?” Et Mitterrand a dit : “Non, absolument.” » 

Un homme, une rose à la main

Le bilan environnemental de François Mitterrand s’avère finalement contrasté. Les premières alertes climatiques sont ignorées, comme partout sur la planète. L’homme du 10-Mai est un président productiviste, d’avant la crise climatique, qui préfère le béton des Grands travaux et défend l’économie face aux industries polluantes : « On ne peut pas non plus les accabler au point de les forcer à fermer leur usine. Sans quoi alors il y a peut-être moins de pollution, mais il y a plus de chômage. » 45 ans plus tard, le discours n’a pas tellement changé au sommet de l’État.

François Mitterrand est moins l’homme de la planète que des campagnes et des paysages, symbolisé par son affiche électorale, « La Force tranquille ». Un amoureux de la nature, des arbres et des fleurs. Une fleur en particulier domine les deux septennats de François Mitterrand : la rose, immortalisée dans la chanson Regarde que Barbara avait écrite au lendemain de son élection : « Un homme, une rose à la main / A ouvert le chemin… » 

La rose était l’emblème que François Mitterrand avait choisi pour le Parti socialiste. « Chaque fois que je le peux, quand je suis en vacances, je m’occupe de mes fleurs, raconte-t-il lors d’une interview télé en 1972. Je ne suis pas un grand jardinier. Et les roses, c’est particulièrement difficile à entretenir. Alors une rose, pour le Parti socialiste, c’est un symbole. C’est pas facile, on s’y écorche les doigts, mais c’est beau. » C’est vrai, les roses c’est beau, mais ça finit par faner.

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Source du contenu: www.rfi.fr

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