Courchevel : une plainte pour atteinte à l'environnement

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Construite à Courchevel pour alimenter les canons à neige des Mondiaux de ski 2023, la retenue d’altitude aurait été implantée sur du permafrost. Une expertise interne évoque un « radiateur géant » accélérant la fonte des glaces. L’association agréée AC !! saisit le parquet d’Annecy.

Photo de la Saulire (DR)

Un ouvrage hors norme en haute montagne

Autorisée en 2019 et mise en eau en prévision des Championnats du monde de ski alpin 2023 de Courchevel-Méribel, la retenue dite « de la Loze » devait constituer un réservoir stratégique pour l’enneigement artificiel du domaine skiable, dans la perspective des Jeux olympiques d’hiver Alpes 2030. Sur le papier, l’ouvrage avait tout d’un projet bien ficelé.
Caractéristiques de l’ouvrage autorisé :

  • Volume de stockage~ 170 000 m³
  • Surface de la retenue~ 2,4 hectares
  • Emprise totale des travaux~ 5 hectares
  • Volume de déblais> 190 000 m³
  • Hauteur de la digue~ 20 mètres

Barrage de classe C

Le dossier de demande d’autorisation environnementale, déposé en juin 2019, précisait que le projet relevait de la rubrique 3.2.5.0 de la nomenclature IOTA relative aux retenues hydrauliques, tout en affirmant qu’il n’était pas soumis à une étude d’impact environnementale complète, mais seulement à une étude d’incidence « proportionnée ».

Des révélations qui ébranlent le projet

En mai 2026, le quotidien Le Monde révèle le contenu d’une expertise géomorphologique réalisée fin 2025 par la société Artelia. Son constat est sévère : la retenue aurait été implantée sur un glacier rocheux contenant encore du permafrost.
Depuis sa mise en eau, l’ouvrage aurait subi un affaissement d’environ 40 à 50 centimètres, soit près de 15 centimètres par an. L’expertise attribue ce phénomène à la fonte de glace résiduelle sous le glacier rocheux, accélérée par les effets thermiques de la retenue elle-même, décrite comme ayant agi « comme un radiateur géant » selon l’expertise géomorphologique Artelia, fin 2025, citée dans Le Monde (mai 2026).
Face à ce constat, les services de l’État auraient imposé une vidange quasi complète de la retenue afin d’éviter un scénario de rupture de digue. En cas de rupture, une lave torrentielle aurait pu atteindre en une trentaine de minutes le hameau de La Tania et ses nombreux chalets et résidences hôtelières.
Plusieurs scientifiques, cités dans la presse, soulignent que le glacier rocheux en question était pourtant connu et cartographié avant le démarrage des travaux, soulevant des questions sur les conditions dans lesquelles un ouvrage de cette ampleur a pu être autorisé.

Une plainte ciblant trois types d’infractions

C’est dans ce contexte que l’association agréée pour l’environnement AC !! , représentée par Maître Vincent Poudampa, avocat au barreau de Bordeaux, a déposé une plainte simple auprès du pôle régional spécialisé en matière d’atteintes à l’environnement du Tribunal judiciaire d’Annecy, compétent pour le ressort de la cour d’appel de Chambéry.

1. Infractions au Code de l’environnement

L’association s’interroge sur le caractère complet et sincère des études produites à l’administration dans le cadre de l’instruction environnementale. Le dossier d’autorisation détaillerait abondamment les dispositifs techniques de l’ouvrage, mais ne comporterait aucune analyse substantielle relative au permafrost, à la dynamique thermique du glacier rocheux ou aux effets de la mise en eau sur la stabilité du sous-sol. Les faits sont susceptibles de relever de l’article L.173-1 du code de l’environnement.

2. Mise en danger délibérée de la vie d’autrui

Si l’enquête devait établir que les responsables de l’ouvrage avaient connaissance de risques affectant la stabilité de la retenue, et que son exploitation a néanmoins été poursuivie malgré un danger pour les populations en contrebas, les faits pourraient recevoir la qualification prévue par l’article 223-1 du Code pénal.

3. Faux, usage de faux et transmissions inexactes à l’administration

L’association pointe le contraste entre la relative légèreté de l’évaluation environnementale présentée dans le dossier d’autorisation et les risques géomorphologiques aujourd’hui révélés. Si des données avaient été volontairement minorées pour obtenir l’autorisation, les faits pourraient relever des articles 441-1 du Code pénal et suivants.

Ce que réclame l’association

Dans ses conclusions, AC !! demande au procureur d’ouvrir une enquête pénale afin de déterminer les conditions exactes d’élaboration du dossier d’autorisation, les connaissances préexistantes relatives à la présence du glacier rocheux, ainsi que les conditions de surveillance de l’ouvrage depuis sa mise en eau.
L’association sollicite notamment la désignation d’experts indépendants spécialisés en géomorphologie alpine, hydrologie et permafrost, ainsi que l’audition des représentants du maître d’ouvrage, des bureaux d’études et des services administratifs instructeurs.

Courchevel : « Des villages auraient pu être rayés de la carte »

La présidente de l’Association des résidents de Courchevel (ARECO) Sophie CRET, se dit effarée et effrayée d’avoir appris par la presse d’un risque majeur pour les habitants.

Sophie Cret, Courchevel (DR)
Sophie Cret, Courchevel (DR)

Pourquoi avoir créé l’association ARECO dont vous êtes la présidente ?

Nous avons constaté au fil des années une dégradation de la qualité de vie sur la commune de Courchevel, ce territoire de montagne qui, par définition, est fragile et comporte un certain nombre de risques.
Ce qui nous a conduit à créer notre association, c’est l’explosion d’un certain nombre de travaux qui prennent le pas sur tout le reste. Il faut faire des travaux de plus en plus vite et de plus en plus importants. L’idée étant de réunir les résidents à la fois permanents et secondaires de notre petite commune de 2300 habitants. L’association compte plus d’une centaine d’adhérents, en quelques mois d’existence seulement, dans un contexte particulier, celui de la période électorale. Nous sommes restés en retrait pour ne pas interférer dans le débat démocratique. Mais nous restons actifs et attentifs à tous les désordres que l’on peut observer sur la commune.

Comment avez-vous appris qu’il existait un risque avec cette fameuse retenue d’eau ?

Nous avons appris récemment qu’il existait un risque majeur pour l’environnement, certes, mais surtout pour la population de la commune, puisque des villages de La Perrière auraient pu être rayés de la carte s’il n’y avait pas eu l’intervention de la préfecture dans l’urgence. Nous l’avons appris par la presse, notamment par le journal Le Monde en mai 2026. Autrement dit, il n’y a eu aucune information faite directement à la population, indiquant qu’il y avait un problème.
Nous avons été et sommes encore effarés et ahuris par l’ampleur et la gravité de la difficulté et surtout par l’absence de principe de précaution et donc d’information claire des populations concernées. Nous n’avons eu aucune information. En tant que Courchevelloise ou Courchevellois, aucune information ni du maître d’ouvrage, la Société des 3 Vallées (S3V) ni des autorités locales, principalement la commune. Nous sommes choqués. On ne peut pas tenir dans le silence les populations des activités concernées.

Pourquoi ce rapprochement avec l’association AC !! ?

La décision de l’association AC !! de déposer plainte a encore plus coloré ce sujet. Nous n’avons pas d’information, nous découvrons tout cela dans la presse. Nous déplorons, en tant qu’association, le manque de transparence. Il semblerait qu’il y ait eu un risque majeur pour les populations locales.
Ce rapprochement avec AC !! nous permettra sans doute d’avoir des informations et cela incitera sans doute les autorités locales à nous informer. Et en fonction de ces informations, on verra si l’association ARECO se constitue partie civile. Mais on n’en est pas encore là. Nous découvrons le sujet qui nous préoccupe tout particulièrement.
Nous restons attentifs à la démarche d’AC!! Il y a d’autres dossiers sur la commune qui mériteraient que l’on travaille ensemble…

Propos recueillis par M. G. 

Source du contenu: infodujour.fr

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